C’était attendu, tout sauf une surprise, mais cela fait un problème de plus pour l’Europe. Appelés, hier, à des élections régionales anticipées, les électeurs catalans, ceux de la troisième région d’Espagne par son PIB, ont donné une large majorité à des partis flirtant de plus en plus avec l’idée d’indépendance ou franchement indépendantistes.

Les seconds, la gauche indépendantiste, les plus radicaux, sont même en très nette progression, alors que les premiers, la droite nationaliste du président de région, Artur Mas, l’homme qui avait organisé ces élections afin d’imposer un rapport de forces avec Madrid, sont en recul marqué bien qu’ils constituent toujours, et de loin, le premier parti catalan.

Cela ne signifie pas que l’Espagne aurait déjà entamé sa marche vers l’éclatement. Entre ces élections et l’indépendance de la Catalogne il y a encore une très grande marge car, si l’indépendantisme avait réuni, en septembre, un million de personnes dans les rues de Barcelone et approche la barre des 50% dans les sondages, il n’est toujours pas majoritaire alors même qu’il relève largement d’une posture pour beaucoup de ses partisans.

A ce jour, Artur Mas et ses électeurs de la droite nationaliste martèlent que la Catalogne serait le septième des plus riches pays de l’Union européenne si elle accédait à l’indépendance, mais ce qu’ils veulent en fait c’est plus d’autonomie au sein de l’Espagne et le droit, surtout, de lever l’impôt. Aussi fortes que soit l’identité, la langue et la culture catalanes, c’est la question fiscale qui au cœur de ce débat car cette nation, c’en est une, a le sentiment que l’Etat central lui prend plus d’impôts qu’il ne lui en reverse.

A l’heure de l’austérité générale et alors que la riche Catalogne est devenue la plus endettée des régions espagnoles, c’est là-dessus que le bras-de-fer s’est ouvert mais des compromis restent possibles et feraient reculer l’indépendantisme. Il y a d’autant plus de marges de manœuvre que beaucoup de Catalans sont moins confiants qu’ils ne le disent aujourd’hui sur leurs possibilités de se débrouiller seuls, non seulement hors de l’Espagne mais hors de l’Union puisque Madrid – c’est dit – opposerait son veto à l’entrée de ce nouvel Etat dans l’Union européenne.

Absolument rien n’est joué mais le fait est aussi, pourtant, qu’un curieux vent souffle en Europe où l’Ecosse votera en, 2014, sur sa sortie du Royaume-Uni, où les indépendantistes flamands marquent toujours plus de points en Belgique et où l’Italie du Nord ne veut plus, depuis longtemps, payer pour celle du Sud. C’est un étrange et très paradoxal moment où l’existence de l’Union renforce le nationalisme de régions qui se disent qu’elles pourraient maintenant se passer des Etats auxquels elles appartiennent alors même que l’Union est en crises, au pluriel, et que ces nationalismes peuvent contribuer à son délitement.

C’est un moment d’autant plus inquiétant que la tentation du sauve-qui-peut – du suicide collectif en réalité – se répand dans toute l’Union comme le montrent les tensions politiques entre ses Etats et l’échec, vendredi, de son sommet budgétaire.

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