La scène a lieu hier soir à l’Élysée, à l’issue des entretiens entre François Hollande et Angela Merkel . « Je souhaite , dit le président français, que l’Allemagne puisse s’engager encore davantage, en Syrie et en Irak, dans la lutte contre Daech ».

Le matin même, la ministre allemande de la Défense avait annoncé que son pays enverrait 650 hommes au Mali pour y relayer les forces françaises et que le nombre de ses instructeurs chargés, en Irak, de la formation des Peshmergas, des soldats kurdes combattant actuellement Daech au sol, passerait de 100 à 150. Pour un pays qui répugne totalement aux interventions extérieures, c’était déjà beaucoup mais voici ce que la chancelière répond publiquement à François Hollande qui en demande davantage.

« Lorsque le président m’invite , dit-elle, à réfléchir aux responsabilités supplémentaires que nous pourrions assumer, pour moi, c’est une véritable mission. Nous réagirons vite car nous voulons lutter ensemble contre le terrorisme ».

L’Allemagne vient de déclarer là qu’elle allait militairement s’engager contre Daech. Ce pourrait être par la fourniture d’avions de ravitaillement et de reconnaissance. La France et l’Allemagne vont s'épauler en Syrie contre Daech. Pour peu que les députés britanniques ne s’y opposent pas, la Grande-Bretagne devrait bientôt se joindre à elles et, hier toujours, le ministre français de la Défense avait annoncé que « chacun des pays de l’Union européenne avait décidé d’apporter un soutien à la France » soit directement sur le théâtre syrien soit indirectement, sur les autres fronts où elle est engagée.

Attention ! Ce n’est pas que l’Union entre en guerre contre Daech car il n’y a ni défense ni armée européennes. Ces contributions à l’effort français seront bilatérales et d’une importance très inégale mais il y a, oui, mobilisation de tous les Européens qui se sentent tous défiés et menacés par les tueries du 13 novembre.

Cela change beaucoup de choses, et toutes importantes. La première est que, modeste ou grande, l’aide que ses vingt-sept partenaires européens vont maintenant apporter à la France lui sera extrêmement précieuse puisque ses engagements extérieurs commencent à lui coûter cher et qu’elle est au bout de ses capacités de mobilisation militaire, en moyens comme en hommes. La deuxième est que l’Allemagne et la France n’auront jamais été aussi proches qu’en ce moment, qu’on ne peut plus seulement parler d’un couple franco-allemand mais d’une FrançAllemagne au cœur de l’Europe. La troisième est que cette mise en commun de moyens militaires européens constitue un précédent qui comptera.

Quant au quatrième changement, pas le moindre, il est que tout à l’heure au Kremlin, avec Vladimir Poutine, François Hollande aura derrière lui le poids d’une Union solidaire et mobilisée. C’est tout, sauf négligeable mais ses discussions avec le président russe ne seront pour autant ni faciles ni forcément concluantes.

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