Le vote pour le Brexit au Royaume Uni a ceci de commun avec le mouvement des « gilets jaunes » en France qu’il reflète les inégalités territoriales générées par la mondialisation. La traduction politique de cette colère n’est pas évidente, comme le montre le Brexit.

Theresa May à Bruxelles dimanche 25 novembre 2018 pour le sommet spécial de l’Union européenne consacré à l’Accord sur le Brexit.
Theresa May à Bruxelles dimanche 25 novembre 2018 pour le sommet spécial de l’Union européenne consacré à l’Accord sur le Brexit. © AFP / EMMANUEL DUNAND / AFP

Il y a deux manières de considérer l’accord intervenu dimanche à Bruxelles entre Theresa May et les 27 autres membres de l’Union européenne.

La première est la plus évidente, se demander si l’accord réunira une majorité au Parlement britannique, s’il survivra aux jeux byzantins de la politique intérieure du Parti conservateur, et ce qu’il adviendra de nous, Britanniques et continentaux, en cas d’échec – et donc de Brexit dur.

La deuxième est plus complexe, et rejoint d’une certaine manière les questions posées en France par le mouvement des « gilets jaunes ». Le rapport ne vous semble pas évident ? Vous allez voir.

Le « Oui » au Brexit, il y a deux ans, a été obtenu par le vote majoritaire de l’Angleterre et du Pays de Galles, à une exception notable près : l’îlot de prospérité que représente la capitale, Londres. 

L’Ecosse et l’Irlande du nord ont voté majoritairement pour rester au sein de l’Europe.

Les régions qui ont majoritairement voté en faveur du Brexit sont celles qui, à l’instar de la base sociologique et géographique des « gilets jaunes » en France, se sentent les perdantes d’une mondialisation favorisant les grandes métropoles.

L’Angleterre vit ainsi un clivage Nord-Sud ancien, qui s’est accéléré depuis les années 80 et, surtout, depuis la crise financière de 2008 : désindustrialisation, désengagement de l’État, fuite des jeunes. Ce fossé a fait émerger un territoire politique à part entière, en partie construit sur le ressentiment face à l’effet d’aimant de la métropole londonienne, mieux adaptée à la mondialisation financière.

Les exclus de la prospérité londonienne n’ont pas enfilé de gilets jaunes, ils ont voté contre les élites de la capitale lorsque l’occasion leur en a été donnée, et ce fut le Brexit. Souvenez-vous du choc des Londoniens lorsque le « oui » l’a emporté, ils l’ont pris comme une claque personnelle d’une partie du pays réel.

Il est peu probable que le Brexit soit la solution à leurs problèmes, et c’est une partie du problème britannique d’aujourd’hui et de demain, comme c’est, en creux, celui de la France. Le Brexit a été la mauvaise réponse à une bonne question, celle des inégalités territoriales et sociales.

Si l’Europe a assurément favorisé les politiques libérales, le Royaume Uni n’a pas attendu Bruxelles pour les promouvoir. Et donc penser que la sortie de l’Europe résoudra l’ampleur des inégalités en Angleterre tient de l’illusion, comme tout ce qui a entouré cette affaire depuis le début.

Si la colère des marginalisés de la mondialisation s’exprime différemment d’un pays à l’autre, sa traduction politique est, elle aussi, spécifique. 

En Angleterre, elle s’est focalisée sur l’Europe avec le Brexit, et porte en germe les désillusions de demain. En France, la question reste ouverte, même si les candidats à la récupération sont légion. 

Dans tous les cas, le problème de fond est bien réel, et n’est pas près de disparaître d’un coup de baguette magique politique.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.