Pékin a cru à sa propre propagande, et escomptait une victoire de la « majorité silencieuse », pas celle, massive, des pro-démocratie. L’impasse politique reste totale en l’absence d’ouverture de Pékin.

La joie des militants pro-démocratie de Hong Kong, à l’annonce des résultats des élections locales, dimanche 24 novembre. Ils ont remporté 17 des 18 districts du territoire.
La joie des militants pro-démocratie de Hong Kong, à l’annonce des résultats des élections locales, dimanche 24 novembre. Ils ont remporté 17 des 18 districts du territoire. © AFP / Philip FONG / AFP

Le problème des propagandistes, c’est quand ils commencent à croire à leur propre message. C’est ce qui se passe actuellement entre Hong Kong et Pékin, alors que les dirigeants chinois découvrent un résultat électoral auquel ils ne s’attendaient visiblement pas. Ils avaient fini par croire leurs discours sur un mouvement de protestation minoritaire, manipulé de l’étranger.

Le résultat du scrutin hongkongais a du faire trembler les murs de ZhongNanHai, le siège du Parti communiste à Pékin. Ils attendaient la majorité silencieuse, et ce fut un raz-de-marée démocrate. Pékin a subi un échec, l’un des plus importants en sept années de règne du numéro un chinois Xi Jinping, qui en sortira affaibli dans les luttes de clans incessantes au sommet du Parti.

Les militants pro-démocratie de Hong Kong ont remporté une victoire qui dépasse leurs rêves les plus fous. Ce scrutin local d’ordinaire sans intérêt s’est transformé en référendum après bientôt six mois de manifestations et de violences, et ce sont les jeunes activistes qui l’ont remporté. Le camp démocrate gagne 385 sièges contre 59 aux pro-Pékin, et contrôle désormais 17 districts sur 18, avec une participation multipliée par deux, c’est sans appel.

Pour expliquer ce succès, il y a d’abord le facteur générationnel : la majorité des Hongkongais a fait confiance à la jeunesse, car c’est elle qui vivra l’après-autonomie, en 2047, lorsque Hong Kong sera soumis au régime général de la Chine. Tous ceux qui avaient pensé que les adultes lâcheraient les jeunes, avec la montée de la violence et les perturbations, se sont trompés.

Et il y a eu la réponse catastrophique des autorités, celles de Hong Kong et au-delà, celles de Pékin. Elles ont mis trop de temps pour suspendre, et encore plus pour retirer le projet de loi controversé d’extradition vers la Chine continentale. Et elles ont laissé la police d’ordinaire très « british » du territoire, se transformer en Robocop féroces.

La cheffe de l’Exécutif, Carrie Lam, une protégée de Pékin, a été incapable de proposer le dialogue, de la moindre empathie, et de tout sens politique tout au long de la crise. Elle pourra servir de fusible.

La première réaction de Pékin a été de rappeler que la Chine reste en contrôle des affaires du territoire, et qu’elle ne tolérera pas de remise en cause ; mais aucune ouverture politique. Par peur de contagion, l’agence officielle Xinhua a annoncé que des élections avaient eu lieu à Hong Kong, mais n’a pas donné les résultats.

On n’a pas trop l’habitude, à Pékin, d’entendre les messages émis de manière démocratique. Or les Hongkongais n’entendent pas s’arrêter là. Forts de cette légitimité, ils ressortent déjà leur revendication de la Révolution des parapluies de 2014, l’élection des dirigeants du territoire au suffrage universel, alors que c’est aujourd’hui un collège électoral dominé par Pékin qui fait le choix. Le problème est que Pékin a déjà dit "Non", et ne changera pas d’avis.

Le mouvement citoyen a désormais un choix stratégique à faire, après ce succès électoral. Continuer son harcèlement du système, sans être sûr d’obtenir quoi que ce soit, ou consolider son acquis politique de dimanche, et faire de Hong Kong une place forte démocratique dans un océan totalitaire.

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