Les États-Unis remontent dans les opinions après les années Trump, la Chine s’effondre entre Covid et droits de l’homme en berne, la France est sur la défensive dans le monde… L’image d’un pays n’est pas qu’une affaire de prestige, c’est aussi du « soft power ».

Les images de l’évacuation violente des migrants de la Place de la République, à Paris, lundi 23 novembre, ont fait le tour du monde, et ont ajouté à une image brouillée de la France.
Les images de l’évacuation violente des migrants de la Place de la République, à Paris, lundi 23 novembre, ont fait le tour du monde, et ont ajouté à une image brouillée de la France. © AFP / Noémie Coissac / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Il existe dans les rapports de force internationaux un facteur qui ne dépend ni de la taille de l’armée, ni de celle de l’économie : c’est le soft power, la capacité d’influence d’un pays par d’autres moyens. Par exemple, le cinéma d’Hollywood qui a projeté le « rêve américain » dans le monde entier.

En cette année de bouleversements, l’image des principaux pays, un élément du soft power, connait des variations considérables. Ainsi, un sondage réalisé cette semaine en Allemagne montre une brusque montée de sympathie pour les États-Unis avec l’élection de Joe Biden, alors que leur image s’était effondrée sous Donald Trump. 

A la question, « quel est le partenaire le plus important de l’Allemagne », la France reste largement en tête, mais cède environ 15% au profit des États-Unis. Ce n’est évidemment pas indifférent lorsque l’on voit le débat entre Français et Allemands sur l’autonomie stratégique européenne, Berlin étant plus soucieux de ménager Washington, quand Paris ne veut pas perdre le cap européen.

L’autre exemple spectaculaire, est le cas de la Chine, dont l’image s’est effondrée dans les opinions publiques européennes. Une étude réalisée dans 13 pays montre une tendance similaire en France, en Allemagne ou au Royaume Uni : plus de 60% d’opinions négatives ou très négatives. 

La Chine paye incontestablement d’être au départ de la pandémie ; sa diplomatie agressive qui a valu à l’ambassadeur de Chine à Paris d’être convoqué au Quai d’Orsay au printemps, ou encore la reprise en mains de Hong Kong et le sort de Ouigours. Dans cette étude diffusée par l’IFRI, un think tank français, l’opinion française met d’ailleurs les droits de l’homme en tête de ses motivations. Autre élément notable : il n’y a quasiment pas de différence d’opinion sur la Chine selon les tendances politiques françaises, c’est rare.

Pékin peut-il ignorer ce retournement d’opinion et avancer comme un bulldozer ? Pour l’heure, la Chine reste imperméable à cette dégradation, et préfère le « hard power » au « soft power ».

La France, enfin, fait partie de ces pays qui ont un impact important en termes de soft power et de « diplomatie d’influence ». Mais dans cette année 2020 où rien ne se passe comme prévu, elle est à son tour sur la défensive.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, la France qui se vit en victime du terrorisme, se retrouve au contraire en position d’accusée, d’abord dans une partie du monde musulman hermétique au discours sur la laïcité et le droit au blasphème ; mais aussi dans la presse anglo-saxonne, prompte à pointer du doigt les contradictions entre la promesse d’égalité et la réalité dans la société française.

Les polémiques sur les lois sécuritaires ont achevé de brouiller l’image, renforcées par les vidéos dévastatrices qui ont fait le tour du monde, de l’expulsion violente des migrants place de la République. L’image libérale du jeune président Macron de 2017 cède la place à l’étranger à la vision confuse, parfois instrumentalisée, de bouffées autoritaires par temps de pandémie et de terrorisme.

Le soft power n’est pas qu’une affaire de prestige, c’est un enjeu d’influence, de rapports de force. On ne l’ignore qu’à ses dépens, à Paris ou à Pékin.

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