Qui parle ? Qui disait, hier, devant la Knesset, le Parlement israélien : « J’ai appris d’expérience qu’on ne peut pas gagner par le seul glaive » ? Eh bien, oui, c’était Ariel Sharon, ce même Premier ministre israélien qui, depuis bientôt quatre ans, ne fait confiance qu’à la force et se refuse à faire la moindre ouverture politique aux Palestiniens. Qui interpellait les colons des Territoires occupés en leur lançant : « Vous avez une faiblesse – ce complexe messianique que vous avez développé » ? C’était encore Ariel Sharon, ce héros, ce désormais ancien héros, de la droite israélienne qui avait tant fait pour encourager le développement des colonies. Et qui s’adressait directement à la droite israélienne pour lui rappeler l’évidence dont la gauche est depuis longtemps convaincue : « Nous ne pouvons pas [Nous les Israéliens] gouverner éternellement des millions de Palestiniens qui, à chaque génération, doublent en nombre. Nous sommes une démocratie. Nous ne le pouvons pas » ? C’était toujours Ariel Sharon qui a ainsi défendu, par ces mots-là, son plan de retrait de la bande de Gaza au milieu de si violentes huées de l’extrême-droite qu’un député a du être expulsé du Parlement par la force. Devant de telles phrases, l’important est l’avenir. Qu’on regrette qu’il ait fallu tant de temps à Ariel Sharon pour entendre raison, qu’on ait toujours pensé, comme certains de ses partisans qui n’avaient cessé de le prédire, que ce Premier ministre serait ce que de Gaulle avait été à l’Algérie ou bien encore qu’on soupçonne Ariel Sharon de ne vouloir abandonner Gaza que pour mieux conserver la Cisjordanie, le fait est qu’une situation nouvelle se crée. Après quatre années d’attentats et de représailles, d’un cycle infernal qui a, comme prévu, autant épuisé les Israéliens que les Palestiniens, le débat se rouvre en Israël. D’un côté l’extrême-droite et une moitié des élus du Likoud qui continuent, comme les colons, de préférer les Territoires à la paix. De l’autre, la gauche et la moitié du Likoud restée fidèle à Ariel Sharon, une coalition de fait et, peut-être, signée entre Shimon Pérès et Ariel Sharon, qui préfère, elle, céder des Territoires pour rouvrir une perspective de paix. La coupure est si nette que le Haaretz, le plus prestigieux des quotidiens israéliens, n’hésitait pas à écrire, hier, que ce revirement d’Ariel Sharon « menaçait Israël d’une guerre civile car, parmi les Israéliens comme parmi les Palestiniens, quiconque, au Proche-Orient, veut la paix doit se préparer à la guerre civile ». Excessif ? Sans doute. Ce mot de « guerre » est sans doute trop fort mais deux Israël se font maintenant face, une majorité politique qui veut la paix et une forte minorité qui n’y croit pas et peut ne pas reculer devant la violence. Ce soir, la Knesset aura adopté le plan Sharon mais si l’Europe et les Etats-Unis, quel que soit le résultat de leur présidentielle, ne trouvent pas les moyens de s’entendre pour appuyer cette dynamique politique et la faire déboucher sur un règlement négocié, si les Palestiniens, de leur côté, ne savent pas prendre Ariel Sharon aux mots, une occasion de plus aura été manquée.

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