Comme beaucoup, Tony Blair avait tablé sur une nette victoire de la droite allemande aux élections de septembre. Il voyait déjà l’Allemagne voguer vers le libéralisme, la nouvelle chancelière se rapprocher de lui, s’éloigner de Jacques Chirac et modifier ainsi le rapport de forces européen entre libéraux et partisans de l’économie sociale de marché. Fort des pouvoirs que lui confère la présidence européenne qu’il occupe jusqu’à la fin de l’année, Tony Blair avait donc convoqué un sommet informel, de débat et non de décision, qui devait donner à voir, espérait-il, la domination des idées libérales dans l’Union. Le problème pour lui est que les électeurs allemands en ont décidé autrement. Effrayés par la radicalisation thatchérienne d’Angela Merkel, ils ont, au contraire, imposé la formation d’une grande coalition qui va non pas rompre avec le modèle européen de protection sociale mais continuer de l’adapter à un nouveau siècle. Le sommet d’Hampton Court, près de Londres, ne pouvait ainsi plus être ce qu’avait souhaité Tony Blair qui, du coup, l’a réduit à une seule journée de discussions sur le bien vague thème des défis de la mondialisation et des adaptions qu’elle demande. Mieux encore, la présidence britannique a insisté pour qu’il n’y ait pas d’affrontements théoriques entre modèles, pour qu’on se concentre sur des propositions concrètes et cela convient visiblement très bien à Jacques Chirac qui en a cinq à faire. Il souhaiterait, premièrement, que l’Union cesse de prendre du retard en matière d’innovation et s’appuie sur la Banque européenne d’investissements pour doubler ses dépenses de recherche dans le budget 2007-2013. Il voudrait, deuxièmement, que l’Union investisse résolument dans le développement d’un réseau de transports transeuropéen, une vieille idée de Jacques Delors qui aurait le double avantage de donner un coup de fouet à la croissance et de rapprocher les Etats membres dans un ensemble plus serré. Jacques Chirac plaidera, en troisième lieu, pour que la Commission fasse aux Etats membres des propositions « d’effort collectif » de soutien à la natalité afin d’enrayer le recul démographique de l’Europe. Cela fait déjà trois idées de politiques communes européennes, ne relevant pas d’une Europe marché mais d’une Europe politique, non pas d’une Europe libérale mais d’une Europe de la puissance publique, et cette vision inspire les deux autres suggestions que fera le Président français. Il souhait en effet également que l’Union se mobilise en faveur du développement économique de l’Afrique, seul moyen, martèle-t-il, d’enrayer les vagues d’immigration clandestine, et qu’elle se dote, enfin, d’une politique énergétique à même d’enrayer, avec ou sans les Etats-Unis, le réchauffement de la planète. Jacques Chirac, en un mot, plaidera demain pour une Europe volontariste et organisée, fidèle à son modèle de solidarité, et les thèmes qu’il a choisis sont assez indiscutables pour pouvoir faire consensus. Il le croit en tout cas et veut ainsi faire figure, demain, de rassembleur d’une Europe qui malgré, le rejet de sa Constitution fonctionne, insiste-t-il, mais doit, au plus vite, agir ensemble.

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