Le grand parti de la gauche allemande, le SPD, le parti social-démocrate, comptait un million de membres jusqu’au début des années 80. Il n’en compte plus que 545 000 après en avoir perdu 200 000 dans la seule dernière décennie et son électorat s’est parallèlement réduit d’autant ou presque. Alors que l’ancien chancelier Gerhard Schröder était arrivé au pouvoir, en 1998, avec près de 41% des voix, son parti n’en a obtenu que 34% en 2005 et les sondages ne le créditent plus, aujourd’hui, que de 28% des intentions de vote. Cela s’appelle une crise, un vrai recul, pas seulement une mauvaise passe, et les sociaux-démocrates allemands ont donc entrepris de se repositionner, ce vendredi, à leur congrès de Hambourg, en « parti des petites gens ». Sous l’impulsion de leur président, Kurt Beck, ils vont donner, en clair, un coup de barre à gauche en se prononçant, notamment, pour un allongement de la durée d’indemnisations des chômeurs âgés, réduite à douze mois dans le cadre des mesures de libéralisation économique prises sous Gerhard Schröder. Ce tête-à-queue inquiète les grands ténors du plus vieux des partis socialistes européens, les ministres qui participent, avec les démocrates-chrétiens, au gouvernement de coalition que dirige Angela Merkel. Ils font, eux, valoir, que « l’agenda 2010 » qu’avait imposé Gerhard Schröder a relancé l’économie allemande. C’est vrai. Les chiffres sont là. L’Allemagne se porte mieux depuis mais les plus démunis ne se reconnaissent plus dans le SPD dont l’aile gauche a scissionné pour former un nouveau parti, die Linke , "La gauche", avec les héritiers de l’ancien parti communiste est-allemand. Le SPD est désormais pris en étau entre cette nouvelle formation et les démocrates-chrétiens et le relatif virage à gauche prôné par Kurt Beck devrait donc être entériné par le parti, quoi qu’en pensent ses ministres. Les militants, la base, s’en sentiront mieux, plus en accord avec leur sensibilité. C’est important car un parti divisé, écartelé entre son histoire et sa politique, est naturellement handicapé dans les batailles électorales mais le SPD, premier problème, ne sortira pas du gouvernement de coalition avec la démocratie chrétienne car il ne serait pas en situation de remporter des élections anticipées. Aux élections de 2009, il risque donc de perdre au centre ce qu’il n’aura pas regagné à gauche mais, bien au-delà de ce moment, le SPD va continuer à souffrir de la crise d’identité que traversent aujourd’hui, plus ou moins douloureusement, toutes les gauches occidentales. Face à l’allongement de la durée de la vie et à la concurrence des pays à bas salaires qui, tous deux, mettent à mal les systèmes de protection, les gauches n’ont plus les moyens d’assurer le développement ni même le maintien des acquis sociaux. Il leur faut à la fois se réinventer et rétablir un rapport de forces. La seule possibilité de le faire en Europe serait d’harmoniser les politiques économiques, fiscales et sociales à l’échelle de l’Union mais cela demanderait plus d’intégration européenne et cela, toute une partie des électeurs de gauche européens n’en veulent pas car ils ont assimilé, à tort mais c'est ainsi, Europe et libéralisme.

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