Ancien policier, arrivé au pouvoir, il y a 22 ans, après avoir renversé son prédécesseur, Habib Bourguiba, artisan de l’indépendance nationale et homme d’Etat d’une exceptionnelle stature, le président tunisien est un pur et simple dictateur. Lors de sa troisième réélection, en 1999, Zine el Abidine ben Ali s’était adjugé plus de 99% des voix. En 2004, c’était plus de 94%. Cette fois-ci, on a choisi un score légèrement moins soviétique : 89.62%. Derrière la Libye, bien sûr, mais comparable à la Syrie, la Tunisie est le plus contrôlé des pays arabo-musulmans. La presse, les élections, l’opposition y sont moins libres qu’au Maroc, qu’en Algérie et, même, qu’en Egypte. La Tunisie est l’exact contraire d’une démocratie. Son président ne s’oblige pas même à donner le change, à ces hypocrisies qui sont l’hommage du vice à la vertu, mais ce constat, pourtant, ne rend pas compte à lui seul de ce qu’est ce pays. Il n’y a pas que les chancelleries occidentales pour trouver des avantages à cette dictature. Bon nombre de Tunisiens, non pas seulement une minorité de prébendiers mais une très large partie de la population, s’en accommodent assez pour qu’il ne soit pas certain que, si ce président acceptait des élections libres, son parti et lui ne seraient pas reconduits ou ne s’en sortiraient pas avec pour seule obligation de négocier la constitution d’une coalition leur permettant de conserver le pouvoir. Trois choses. Le premier des atouts de Zine el Abidine ben Ali est que l’économie tunisienne se porte plutôt bien, malgré ses 14% de chômeurs et le coup que lui a porté la crise mondiale. Sa croissance devrait atteindre, cette année les 3% après avoir dépassé les 5% depuis deux décennies. Malgré la corruption générale et la richesse toujours plus grande de la famille présidentielle, on vit moins mal en Tunisie que dans les pays voisins et la gabegie, surtout, y est moins grande puisque les investissements d’infrastructure sont réels et portent leurs fruits. Le deuxième atout de ce président est que sa dictature n’est plus sanguinaire. Non seulement les temps de la répression la plus sauvage, notamment contre les islamistes, sont révolus mais, maintenant qu’il ne craint plus rien, le régime a su composer à la fois avec les musulmans conservateurs en tolérant le voile et avec les couches les plus modernistes qui peuvent vivre comme elles l’entendent. Du moment qu’ils ne s’opposent pas au président, les Tunisiens peuvent choisi leur vie et le troisième avantage, sans doute le plus grand, qu’ils trouvent à cette dictature est qu’elle les préserve des islamistes. En Tunisie comme dans tout le monde arabe, les islamistes sont devenus la grande force des pouvoirs en place, autoritaires ou dictatoriaux. Sans nous, peuvent-ils dire, ce serait eux. Ce n’est pas faux mais toute la question est de savoir si ce ne sont pas ces régimes eux-mêmes qui créent cette alternative fatale en interdisant la constitution d’oppositions démocratiques dont l’inexistence offre au fanatisme le monopole de la révolte. La réponse est dans la question.

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