C’est la France qui a décroché le poste. C’est un diplomate français, Pierre Vimont, qui a été nommé, hier, secrétaire général exécutif, autrement dit N°2, du Service européen d’action extérieure, de ce tout nouveau ministère européen des Affaires étrangères dont l’Union accouchera officiellement le 1ier décembre. C’est une « fierté » pour la France a, aussitôt, déclaré Bernard Kouchner mais à quoi la doit-elle ? La réponse est, d’abord, à Pierre Vimont lui-même, actuel ambassadeur à Washington et personnalité hors du commun, si compétent et tellement expérimenté que trois ministres de suite, tous de droite, Dominique de Villepin, Philippe Douste-Blazy et Michel Barnier, avaient tenu à avoir cet homme de gauche à la direction de leur cabinet. Pierre Vimont a ainsi longtemps été le patron opérationnel du Quai d’Orsay, expérience qui s’est ajoutée à celle de bras droit d’Elisabeth Guigou aux Affaires européennes, de représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne, d’ambassadeur à Londres et de fils d’ambassadeur, élevé dans les ambassades. Avec une telle carrière, il n’y a pas de dossiers que Pierre Vimont ne connaisse pas mais il n’y a pas que l’expertise chez cet homme. Il y a, également, un calme qui ne se dément jamais, une inépuisable courtoisie entretenue comme un bouclier et une capacité de travail proprement ahurissante. Dans les mois précédant la guerre d’Irak, quand la France tentait d’empêcher cette aventure, il m’est arrivé, un jour, de l’appeler à 11 h. du soir. Je ne croyais pas vraiment le trouver à son poste mais il y était, décrochant directement car les secrétaires n’étaient plus là et j’ai vite compris qu’il valait encore mieux l’appeler passé minuit, lorsqu’il préparait la journée du lendemain. Ce directeur de cabinet ne quittait pas son bureau, toujours frais, toujours rose, toujours concis et toujours prêt à donner l’idée qu’il fallait à son ministre, à Dominique de Villepin surtout dont il fut, en parfaite connivence, le double de l’ombre. Cet homme a une réputation européenne et internationale à laquelle il doit sa nomination mais il la doit, aussi, bien sûr, à la singularité de la diplomatie française. Membre permanent du Conseil de sécurité, puissance nucléaire et ancienne puissance coloniale, la France a une familiarité du monde, une intimité des cinq continents qu’ont seuls, aujourd’hui, deux autres pays : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pour ce qui est de la diplomatie, la France est dans le trio de tête mais avec l’avantage, sur les Etats-Unis, d’une expérience historique autrement plus longue et, sur la Grande-Bretagne, celui d’être perçue comme à part, occidentale mais indépendante, libre de ses jugements et de son action. Il y a une voix de la France dans le monde qui, pour s’éroder en ce moment, depuis quelques temps, reste forte et écoutée. Il y a une universalité de la diplomatie française, sans commune mesure avec le poids réel du pays dont elle est l’outil, et ce n’est pas par hasard que ce Service d’action extérieure de l’Europe sera piloté par une Britannique et un Français – Catherine Ashton comme Haut représentant et Pierre Vimont, secrétaire général, les mains dans le cambouis, architecte d’une Tour de Babel dont même les fondations sont à concevoir.

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