Il faut naturellement s’en réjouir. Il faut surtout espérer qu’elle tienne jusqu’à lundi comme annoncé, mais cette trêve que le régime syrien et l’insurrection ont accepté, sur demande du médiateur de l’Onu, d’observer à compter de ce matin à l’occasion de la fête de l’Aïd el Kebir apparaît aussi fragile que sans lendemains. Aucune des deux parties ne pouvait la refuser sous peine d’encourir l’opprobre général. Les deux le pouvaient d’autant moins que l’Aïd, la commémoration du sacrifice d’Abraham, d’un moment de la narration religieuse qui appartient aux trois monothéismes, est l’une des plus grandes fêtes de l’islam, la plus familiale et la plus populaire. Peut-être la Syrie va-t-elle ainsi connaître un instant de répit mais, outre que c’est loin d’être certain, cette trêve ne s’inscrit dans rien qui puisse en faire autre chose qu’une parenthèse.Ce régime n’est pas prêt à aller à une table de négociations ni même à ouvrir des conversations indirectes avec les insurgés car il espère toujours les écraser grâce à sa supériorité militaire et défend, là, sa mainmise sur la richesse nationale. Ce régime se battra jusqu’au bout car ses dirigeants ont commis tant d’abominations que, s’ils perdaient, ils finiraient pendus aux réverbères ou condamnés à la réclusion à perpétuité par le Tribunal pénal international. Pour eux, cette trêve ne peut pas être durable et elle ne peut pas non plus l’être pour l’insurrection qui tient et s’étend petit à petit, malgré les arrestations de masse, les massacres, le pilonnage des villes et la généralisation de la torture comme arme de guerre. L’insurrection, elle aussi, espère gagner et n’entend pas avoir fait tant de sacrifices pour parvenir à un faux compromis qui laisserait en place Bachar al Assad et son clan. Cette trêve est, a priori, d’autant plus éphémère que l’enjeu de ce conflit dépasse désormais la Syrie. Dans cette bataille, l’Iran joue la pérennité de l’axe chiite qu’il a constitué avec le Hezbollah libanais et les alaouites syriens, la branche du chiisme à laquelle appartient le clan Assad. L’Iran prodigue donc au boucher de Damas son soutien financier et ses conseils expérimentés en matière de répression tandis que les pays sunnites, monarchies pétrolières en tête, soutiennent l’insurrection car ils voient là l’occasion de réduire l’influence régionale de la République islamique. A l’aide iranienne au régime syrien répond ainsi le soutien des pays sunnites à l’insurrection des sunnites majoritaires en Syrie et cette guerre est d’ores et déjà devenue un conflit régional, politique et religieux, qui ne dit pas encore son nom mais dans lequel aucun des deux camps ne veut non plus céder.Dans un tel contexte, une trêve ne peut être qu’un épisode de relations publiques mais qui sait ? Rêvons un instant, croyons aux miracles, imaginons que cette trêve tienne et que Bachar al Assad annonce dimanche son retrait en faveur d’un technocrate qui ouvrirait des négociations avec l’insurrection sur l’organisation d’une transition démocratique. Ce boucher y sauverait sa peau et la Syrie son intégrité territoriale. Ce bain de sang cesserait. Tout le monde y gagnerait mais bon… Non : la politique n’est hélas pas qu’affaire de rêves.

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