Annoncée, certaine, cette victoire n’est pas une victoire. C’est bien plutôt un raz-de-marée qui a porté hier la droite nationaliste au pouvoir en Pologne puisque le parti Droit et Justice, le PIS, y aurait remporté - il s'agit encore d'estimations - 38% des suffrages contre 23% pour les centristes de la Plateforme civique, la majorité sortante.

Non seulement cela donne, haut la main, une majorité absolue à Droit et Justice qui avait déjà remporté la présidentielle du printemps dernier mais, si l’on ajoute aux 238 sièges qu'aurait obtenus ce parti la quarantaine d'autres .décrochés par un rocker dont le nationalisme n’est pas moindre, l’ensemble des droites nationalistes pèsera quelques trois cinquièmes des voix à la Diète, le Parlement polonais. C’est massivement que la Pologne a basculé à droite, si massivement que les gauches, faute d’avoir franchi les seuils d’éligibilité, n’auront pas un seul député et cet événement n’est pas que polonais. Dans une Europe déjà très majoritairement à droite, c’est presque partout que les droites réactionnaires ou extrêmes progressent aujourd’hui, prenant des électeurs aux gauches et aux droites modérées et imposant, par leur percée, un tripartisme qui vient bouleverser tous les échiquiers politiques, aux niveaux tant nationaux qu’européen. Les raisons en sont aussi profondes que claires. Le recul des industries traditionnelles et la naissance de nouveaux secteurs d’activité, la nouvelle révolution industrielle qui est cours, créent des sociétés à deux vitesses dans lesquelles s’opposent des laissés-pour-compte et des couches ascendantes, urbaines, jeunes et vivant de plein pied dans ce siècle commençant. Cela crée d’immenses traumatismes et suscite une forte nostalgie des temps où l’Etat pouvait, si ce n’est tout, beaucoup. Cette nostalgie fait naître à son tour un désir de retour aux frontières nationales, à un cadre protecteur désormais perdu, qui s’exprime dans un rejet croissant de l’unité européenne, perçue comme le cheval de Troie de la mondialisation alors même que seule une puissance publique européenne, une Europe politique, pourrait faire contrepoids à un argent devenu tout puissant. C’est ainsi que ces nouvelles droites, en Pologne comme ailleurs, surfent à la fois sur le social et le nationalisme et s’alimentent, de surcroît, d’une peur de l’islam, même et, paradoxalement surtout, lorsqu’il s’incarne dans ces réfugiés syriens, issus des classes moyennes et fuyant le terrorisme, la guerre et les dictatures.L’unité de l’Europe est solide. En près de six décennies, elle s’est tellement enracinée qu’elle ne pourrait pas disparaître du jour au lendemain mais elle est immensément fragilisée, oui, par le divorce entre les Européens et l’Europe, le chômage des jeunes, l’absence d’objectifs européens consensuels, la crise des réfugiés à laquelle les Européens parviennent mal à faire face ensemble et, maintenant, ce raz-de-marée nationaliste en Pologne qui va accentuer les divisions de l’Union sur à peu près tous les sujets.

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