C’est Le Soir, le grand quotidien belge francophone, qui tirait hier la sonnette d’alarme.

« La crise du CETA est aussi une crise belgo-belge » écrivait-il en expliquant que l’impossibilité dans laquelle le royaume se trouve de signer l’accord commercial entre le Canada et l’Union européenne tant que la Wallonie y mettra son veto ne lui donnait pas une image de grande cohérence.

C’était élégamment dit, avec une volonté manifeste de ne pas jeter d’huile sur le feu, mais le fait est que ce traité met aux prises Flamands et Wallons, les frères ennemis de Belgique, puisque plus de 70% des premiers l’approuvent alors que la même proportion des seconds n’en veut pas, tel quel en tout cas.

Une fois de plus, mais sur l’arène internationale cette fois-ci, néerlandophones et francophones ont des positions radicalement différentes et l’on retrouve là, on ne peut plus clairement, les racines de leurs éternelles divergences.

Autrefois, la Wallonie était industrielle et riche et la Flandre paysanne et pauvre. Les Wallons étaient l’aristocratie et les Flamands, des gueux mais l’évolution économique a considérablement appauvri la Wallonie en frappant ses industries lourdes tandis que la Flandre a su s’adapter à la mondialisation des échanges et développer les nouveaux secteurs industriels les plus porteurs.

La Flandre, 6,5 millions d’habitants, truste 90% des échanges de la Belgique avec le Canada tandis que la Wallonie, 3,6 millions habitants craint qu’une nouvelle avancée du libre-échange ne la fragilise encore plus. La Belgique ce n’est pas que deux langues, sans compter l’allemand. C’est aussi deux pays, deux mondes que leurs intérêts ou la perception qu’ils en ont opposent toujours plus mais cette crise du CETA est venue souligner une autre réalité.

A force de pousser au développement séparé qu’ils souhaitaient, les nationalistes flamands ont fait du royaume une caricature d’Etat fédéral dans lequel l’exécutif ne peut absolument rien décider sans l’accord de toutes les communautés et régions. Millefeuille administratif et politique, la Belgique est devenue ingouvernable et remarquablement pagailleuse, même lorsque ses engagements internationaux sont en jeu.

Au bout du compte, sans doute la Belgique trouvera-t-elle les moyens de signer cet accord euro-canadien car les socialistes au pouvoir en Wallonie veulent beaucoup plus l’amender que le torpiller mais l’alerte n’est pas chaude que pour les Belges. La Belgique touche là au fond de ses contradictions et devra finir par se réunir ou vraiment se désunir mais cette crise est également grave pour l’Union européenne car l’une de ses grandes forces était de pouvoir négocier au nom de plus de 500 millions d’Européens au pouvoir d’achat élevé.

C’était un énorme avantage pour tous ses pays mais cette force est mise en question par la sécession belge et cela pourrait encore s’aggrave demain si les régions européennes continuaient à s’affirmer au détriment des Etats, en Espagne ou ailleurs.

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