C'était mardi soir, Mohamed Ben Salman, MBS pour les fans, déclarait : « nous voulons revenir où nous en étions avant, un pays d'Islam modéré, ouvert à toutes les religions ».

Puis il poursuivait : « nous n'allons pas passer 30 ans à nous battre contre des idées radicales, nous allons les détruire tout de suite ». Depuis, les articles pleuvent dans le monde entier pour louer sa royale clairvoyance.

D'autant qu'il a tenu ses propos à l'occasion d'une soirée pour investisseurs étrangers et saoudiens alors qu'il présentait sa mégalopole à 500 milliards de dollars : Une sorte de cité radieuse et connectée au bord de la Mer rouge...

Je vous sens sceptique... voire sarcastique...

Sur la vision grandiloquente et urbanistique d'un prince de 31 ans, vous pouvez. Mais Revenons sur cette affaire d'islam modéré que le prince voudrait réinstaurer là, tout de suite.

J’ai des raisons d’être sceptique. D'une part, les princes saoudiens ont une longue, très longue réputation de beaucoup promettre et très peu tenir, comme d'ailleurs beaucoup de satrapes orientaux lorsqu'ils arrivent au pouvoir.

Certains se souviendront peut-être des promesses d'ouverture du tunisien Ben Ali, du syrien Bashar el Assad ou de l'Egyptien Moubarak. Pendant quelques mois, liberté d'expression et libération de prisonniers politiques. Puis la nuit est retombée.

Donc il ne faut pas croire ce prince héritier ?

Il faut surtout essayer de comprendre pourquoi il s'avance sur ce terrain très glissant en Arabie saoudite de la religion ? Depuis qu'il a pris les rênes du pouvoir au côté de son octogénaire de père, il a tout raté Mohamed Ben Salman !

Sitôt installé, en janvier 2015, il part en guerre au Yémen. On allait voir ce qu'on allait voir : l'armée saoudienne allait écraser en quelques semaines des rebelles chiites armés de bric et de broc. On y est toujours.

Rebelote au Qatar : colère, blocus terrestre, aérien et maritime et puis... rien. Le Qatar résiste et s'attire la sympathie du monde. Ce qui est tout de même très ironique !

Enfin, en Syrie, les Saoudiens qui soutiennent les islamistes sunnites se sont fait plumer – mais ils ont l'habitude – sans obtenir un strapontin à la table des négos. Le roi Salman a même dû aller lui-même à Moscou pour mendier un peu de considération.

Ce que vous voulez dire, c'est qu'avec ces promesses, le prince essaie de sauver sa réputation...

Oui, mais c'est très dangereux. Les seules fois où les Saoud ont risqué de perdre leur couronne, c'était toujours sur des questions religieuses. C'est de là qu'ils tirent leur légitimité : d'une alliance du sabre et du goupillon qui ne souffre aucune réforme.

D'autant qu'il ne décide pour lui seul mais aussi pour quelques milliers de princes richissimes qui ne veulent rien perdre.

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