Jair Bolsonaro n'a pas inventé le populisme brésilien, il n'en est qu'un des héritiers. Avec quelques différence tout de même qui signent sa "modernité".

Chronique internationale 26-10

Un président populiste au Brésil, ça n'étonnera personne pour la simple et donne raison que le Brésil, comme d'ailleurs une bonne partie de l'Amérique latine, est depuis toujours une terre de populisme. C'est simple, au Brésil les périodes d'autoritarisme sont la règle et les transitions démocratiques, l'exception.

Un exemple : en avril 1964, l'armée brésilienne renverse un président de gauche, João Goulard, avec l'aide d'une bonne partie de l'assemblée et des gouverneurs élus des trois principales régions du pays : Minas Gerais, Rio de Janeiro et São Paulo.

L'armée restera au pouvoir vingt ans. Son mantra ? Restaurer l'ordre, lutter contre la corruption et empêcher la diffusion du communisme : 1964, ce sont les débuts de la Révolution cubaine castriste. On est en pleine Guerre froide.

Anticommunisme, ordre et croissance

Au mot près : Jair Bolsonaro promet de ramener l'ordre dans les rues du pays, d'en finir, dit-il, avec la corruption des années Lula et Dilma et d'empêcher les « communistes », c'est toujours lui qui parle, d'imposer au Brésil un modèle vénézuélien.  

En 1964, les militaires étaient intervenus alors que João Goulard semblait incapable de gérer une crise économique qui durait depuis près de deux années. De la même façon, le Brésil d'aujourd'hui se débat avec la plus longue crise économique de son histoire.

Or les Brésiliens ont en tête que les périodes autoritaires correspondent à des périodes de croissance économique forte : ça a été le cas dans les années 30 du siècle dernier avec un autre populiste : Getúlio Vargas. On parle même de « république populiste ».

Les Evangéliques à l'attaque

Parce que l'époque n'est plus aux chars dans les rues. Mais le Brésil de Jair Bolsonaro est ce qui s'en approche le plus sans risquer le ridicule : c'est un ancien militaire, il a promis de mettre des militaires au gouvernement et il dit admirer la période dictatoriale.

Il y a une autre différence avec laquelle il va falloir compter dans les années à venir : la place de la religion dans la vie publique brésilienne. Entendons-nous bien, la religion a toujours été extrêmement présente et a souvent soutenu les périodes dictatoriales.

Mais il s'agissait de l'Eglise catholique. Aujourd'hui, surtout au Brésil d'ailleurs, il s'agit du bloc évangélique qui représente un tiers des Brésiliens et qui vote en bloc pour ses candidats – Bolsonaro est un évangélique – et sa version très conservatrice de la société.

Les Blancs brésiliens et les recettes de Bannon

Vous et moi ! Ou plutôt nos équivalents brésiliens : c'est-à-dire la classe moyenne blanche et urbaine. Celle qui a manifesté hier contre Dilma Rousseff et la corruption, celle qui n'a pas aimé payer pour les plus pauvres, celle qui réclame de l'ordre pour elle.

Une dernière chose, savez-vous qui conseille le candidat Bolsonaro, notamment pour sa stratégie de communication qui évite les médias et passe par les réseaux sociaux ? Steve Bannon, le stratège de Donald Trump que l'on retrouve de Washington à Rome et Rio.

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