De tous les hommes de Georges Bush, Colin Powell, le secrétaire d’Etat, le chef de la diplomatie américaine, est le plus pondéré. Interviewé hier par la BBC, il n’en a pas moins laissé entendre que même si Saddam Hussein autorisait le retour des inspecteurs et n’entravait pas leur travail, les Etats-Unis continueraient à souhaiter son renversement. « Les Etats-Unis, a-t-il dit, continuent de croire que le meilleur moyen de désarmer l’Irak est de procéder à un changement de régime. La pression sur l’Irak, a-t-il ajouté, doit être maintenue jusqu’à ce que l’Onu soit satisfaite et, alors, nous verrons si d’autres mesures doivent être prises ». Question donc : pourquoi ? Pourquoi est-il si fondamental pour les Américains, pour la droite américaine en tout cas, que Saddam Hussein, même désarmé, soit remplacé ? La première réponse est que les attentats du 11 septembre ont totalement modifié le regard que Georges Bush et ses amis portaient sur le monde. Jusqu’au 11 septembre, ils n’étaient absolument pas disposés à impliquer l’Amérique dans quelque crise que ce soit, moins encore à lancer des guerres préventives. Ils n’étaient pas interventionnistes. Ils étaient isolationnistes et l’étaient jusqu’à la caricature puisque leur seul projet stratégique était de doter les Etats-Unis d’un bouclier anti-missiles, de les rendre invulnérables à toute attaque afin de les mettre à l’abri des chaos du monde. Il y avait là une vision de rentiers, vivant sous bonne garde dans leur paradis, touchant leurs dividendes, innovant chez eux, exportant et laissant les autres se débrouiller. Puis en une heure, dans l’effondrement des tours jumelles, ils ont découvert, premièrement, ce qu’ils appellent maintenant « la conjonction de l’extrémisme et de la technologie », une nouvelle menace militaire contre laquelle les boucliers ne pouvaient rien, et, deuxièmement, l’hostilité que leur vouait une partie du monde arabo-musulman, non seulement les islamistes mais, à des degrés variés, des couches plus larges de ces pays, y compris, surtout, en Arabie saoudite. La Maison-Blanche en a conclu qu’il fallait porter le fer dans la plaie, non seulement renverser tout régime défiant les Etats-Unis mais modifier aussi les équilibres internes du monde arabe. « Les Etats-Unis, explique ainsi Mme Rice, la conseillère de Georges Bush pour la sécurité nationale, s’engagent dans une démocratisation du monde arabe », ce qui signifie, concrètement, qu’ils souhaitent installer en Irak un régime représentatif des différentes composantes du pays, pro-américain bien sûr mais à même également de constituer une force d’attraction politique dans la région. Il y a dans cette entreprise un projet stratégique, une volonté de prendre en mains le monde, partout où il le faut, qui conduirait les Etats-Unis, s’ils sont logiques avec eux-mêmes, à des engagement extérieurs de plusieurs décennies. Cette équipe paraît le vouloir. Elle semble aussi gravement sous-estimer l’ampleur de la tâche mais la certitude est qu’elle ne veut plus que quiconque, fût-ce l’Europe, vienne lui dire ce qu’elle doit et ne doit pas faire. C’est le second message de cette volonté de renverser Saddam, désarmement ou pas.

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