Applaudie aux Nations-Unies, la France est critiquée à Bruxelles. Contemptrice de la politique irakienne des Etats-Unis, elle s’embourbe elle-même dans ses problèmes budgétaires. La France est aujourd’hui aussi forte sur la scène internationale qu’elle est faible sur sa scène intérieure car son gouvernement, ses élites, son opposition, ses organisations patronales et syndicales ne savent pas parler aussi vrai que sa diplomatie. Ce grand écart ne sera plus longtemps tenable. Nous ne pouvons pas, en même temps, vouloir faire de l’affirmation d’une puissance européenne la pierre angulaire de notre politique étrangère, nous grandir en grandissant l’Europe, et tranquillement nous asseoir sur les règles que nous avons collectivement adoptées lorsque nous nous sommes engagés, avec nos partenaires, dans la monnaie unique. Si les dispositions du Pacte de stabilité nous semblent aujourd’hui contraires aux besoins de l’économie européenne, et sans doute le sont-elles, nous ne devons pas les violer, pratiquer le fait accompli, faire ce que nous reprochons aux Etats-Unis de faire à l’Onu, mais poser le problème, débattre, négocier, recourir dans l’Union à la concertation que nous prônons dans le monde. Cela suppose, d’abord, un minimum de concertation franco-française, de consensus national et, là aussi, nous sommes coupables, à tout le moins incohérents. Nous avons une droite qui se réclame du modèle social européen, d’un dialogue entre le Capital et le Travail arbitré par un Etat fort, instrument et garant du long terme et de l’intérêt collectif. Nous avons une gauche qui a rompu, jusque dans l’extrême-gauche, avec les mythes révolutionnaires, le tout Etat et la négation du marché. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait plus de différences entre elles, qu’elles défendent les mêmes intérêts et proposent les mêmes solutions. Cela signifie, en revanche, qu’entre la droite et la gauche françaises, il y a désormais des compromis envisageables dès lors que l’intérêt national l’exige. C’est le cas. Si nous ne savons pas réduire nos dépenses publiques, celles de l’Etat et de la protection sociale, nous courrons inéluctablement non seulement à une crise européenne, à un affaiblissement international de la France, mais également à une régression, voire une faillite, de la puissance publique et de la solidarité sociale, des deux instruments qui fondent notre cohésion nationale et auxquels la quasi totalité des Français sont profondément et, à juste titre, attachés. Il y a urgence à déterminer ensemble, autour d’une table, pas forcément par un gouvernement d’union nationale mais ensemble, par la négociation, les moyens de réduire nos dépenses sans que cela se fasse au détriment des plus faibles et au seul profit d’intérêts privés. La tâche n’est pas impossible. Il y a des voies à explorer, des moyens d’y parvenir mais il faudrait, pour cela, renégocier le contrat social français, admettre tout à la fois que l’impôt est un nécessaire instrument de redistribution sociale et d’investissement dans l’avenir, que le nombre et l’affectation des emplois publics ne sont pas des données intangibles et que la Sécurité sociale n’est pas une vache à lait mais une collectivisation du grand risque. Il faut, en un mot, réformer et, cela, ni la droite ni la gauche ne peuvent le faire seules. C’est sur leur capacité à le faire ensemble, à parler vrai, que l’une et l’autre, et la France avec, seront jugées.

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