Pour Nicolas Sarkozy, la réponse est claire. Si « l’Europe n’a plus de moteur, a-t-il expliqué samedi aux militants de son parti réunis pour débattre de l’avenir de l’Union, c’est que le couple franco-allemand ne suffit plus à donner l’impulsion souhaitée » par les vingt-cinq membres qu’elle compte désormais. « Il faut ouvrir ce couple, a-t-il poursuivi, aux quatre autres grands pays qui représentent, avec lui, 75% de la population européenne, créer un nouveau moteur à six : France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Pologne ». On comprend bien l’idée du Président de l’UMP. La FrancAllemagne, d’abord, fait peur aux vingt-trois autres pays de l’Union, même à ceux qui partagent sa vision d’une Europe politique, car ce couple qui constitue, à deux, la deuxième économie du monde, qui a toujours piloté l’Europe et qui avait, tout dernièrement encore, tracé les grandes lignes du projet de Constitution, suscite dans l’Union le même type de malaise que les Etats-Unis dans le monde. A l’échelle européenne, la FrancAllemagne est trop puissante pour ne pas inquiéter mais, en même temps, elle ne l’est plus assez dans l’Europe élargie pour continuer d’imposer ses vues car, second problème, seconde raison de ne pas en rester à ce noyau, le passage à vingt-cinq membre permet la formation de coalitions à même de bloquer les initiatives de Paris et Berlin. D’où cette proposition de Nicolas Sarkozy de constituer ce « G6 », ce groupe de six grandes et moyennes puissances européennes qui aurait l’avantage de permettre de négocier en petit comité, plus facilement donc, de disposer, ensuite, d’une majorité aussi solide qu’automatique et de pouvoir mettre, dit-il, « la Commission au service de ses impulsions ». Le raisonnement se tient mais Edouard Balladur s’est aussitôt inscrit en faux contre cette idée d’un homme qui avait pourtant été son plus proche collaborateur à l’époque où il avait disputé l’Elysée à Jacques Chirac. « Je ne suis pas favorable, a-t-il expliqué avec son autorité d’ancien Premier ministre, à ce qu’on coupe l’Europe en deux. Il faut que les grands Etats s’associent étroitement mais sans vouloir créer un directoire qui impose sa volonté aux autres, a-t-il ajouté en expliquant que « l’uniformité paralyse » et que « seule la diversité favorise le mouvement ». Pour Edouard Balladur, « on ne peut pas continuer de faire tout ensemble, tous ensemble » et il faut, au contraire, agir par « coopération spécialisées qui n’auraient rien d’obligatoire pour tous mais seraient ouvertes à tous » et réuniraient « dans chaque cas, les quelques Etats décidés à aller de l’avant ». Tout aussi clair, le raisonnement est fondamentalement différent. L’ancien Premier ministre considère, lui, que des négociations à six pays aussi différents que ceux que du G6 de Nicolas Sarkozy ne déboucheraient pas sur beaucoup d’impulsions, qu’avec une majorité automatique l’Union se scinderait et qu’on pourrait faire beaucoup plus de choses en constituant des avant-gardes qui seraient autant de locomotives de l’Europe. Il y a là deux réponses françaises à la panne politico-institutionnelle de l’Union et l’étonnant est que, sur ce point, Edouard Balladur est beaucoup plus proche de Dominique de Villepin que de Nicolas Sarkozy.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.