A l’approche des municipales de dimanche, la mobilisation de rue persiste mais décroît à Budapest. Dans la perspective de ce vote, de ce scrutin local qui a, maintenant, pris des allures de référendum, les partis et le jeu politique reprennent le pas. Les socialistes serrent les rangs autour de leur Premier ministre dont les mensonges sur l’état des finances publiques avaient déclenché cette crise. Le principal parti d’opposition, les Jeunes démocrates, proclame, lui, que Ferenc Gyurcsany n’est plus que légalement Premier ministre mais n’existerait plus ni moralement ni politiquement. En attendant que s’expriment les électeurs, c’est droite contre gauche mais qu’est-ce que la gauche et qu’est-ce que la droite en Hongrie ? En France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, partout les lignes bougent mais en Hongrie, c’est encore beaucoup plus compliqué. En Hongrie, comme d’ailleurs en Pologne et dans beaucoup des anciens pays communistes, les définitions sont presque inversées. La gauche est libérale, moins d’Etat, moins de contrôles et de subventions, plus d’entreprises privées et d’initiative individuelle, alors que la droite est, elle, plus protectionniste, plus protectrice et plus frileuse, surtout, devant les privatisations, celles des secteurs stratégiques, avant tout, qu’elle répugne à céder à l’investissement étranger. La gauche s’inscrit dans la mondialisation économique. La droite est souverainiste jusqu’à s’accommoder du virulent nationalisme de l’extrême droite qui prospère dans cette crise mais comment s’explique ce retournement des rôles ? Il tient à l’Histoire. Avant que Staline ne mette la main sur la Hongrie, la gauche, communistes compris, constituait le parti du mouvement contre celui de l’ordre, communiait dans les idéaux de la Révolution française, admirait le parlementarisme britannique, regardait, en un mot, vers l’Ouest, sa démocratie et sa modernité économique. La droite, à l’inverse, défendait les traditions, la religion, les campagnes contre les villes, l’ordre naturel et, quand le Mur est tombé, que les bouches se sont rouvertes, ce vieux clivage - traditions nationales contre occidentalisation - est immédiatement réapparu. Les communistes se sont si bien adaptés à la mondialisation que beaucoup de leurs cadres ont su en profiter pour eux-mêmes. Les communistes sont devenus socialistes, se sont alliés aux libéraux et quand, le coût social de la transition vers le marché a laissé pour compte les moins aptes au changement, la droite leur a fait les yeux doux, défendant l’Etat au nom de la nation et, donc, l’Etat providence contre le libéralisme occidental. C’est ainsi que l’échiquier politique, en Hongrie comme en Pologne, est sens dessus dessous, que la droite est à gauche et l’inverse en termes économiques, qu’elles sont elles-mêmes et irréconciliables en termes culturels et que les plus anticommunistes d’hier trouvent du sens à l’étatisme de Vladimir Poutine et bien peu de charmes à Bruxelles. Bernard Guetta en direct de Budapest.

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