Le ton, à Berlin, était plus direct qu’à Toulon. « Wall Street ne sera plus jamais ce qu’il a été », a tout bonnement déclaré, hier, Peer Steinbrück, le ministre allemand des Finances, en tirant, devant le Bundestag, les leçons de la crise financière quelques heures avant que Nicolas Sarkozy ne le fasse devant l’UMP. « Les Etats-Unis perdront leur statut de superpuissance dans le système financier mondial qui deviendra multipolaire », a-t-il ajouté après avoir estimé que cette crise était « par-dessus tout un problème américain » et démontrait la nécessité de l’intervention publique dans la fixation des règles du marché. Le président français s’est abstenu, lui, de tirer sur l’ambulance américaine. Il a encore moins annoncé la fin de la suprématie financière des Etats-Unis mais, en réalité, sur le fond, il n’a rien dit d’autre que Peer Steinbrück lorsqu’il a appelé à une « remise à plat » de tout le système monétaire international, « comme on le fit, a-t-il dit, à Bretton Woods après la Seconde Guerre mondiale ». Nicolas Sarkozy faisait là référence à ce bourg du New Hampshire dans lequel, le 22 juillet 1944, une conférence monétaire des Nations Unies naissantes avait fait du dollar la clé de voûte de l’économie mondiale en liant sa valeur à celle de l’or. L’été 1971, Richard Nixon avait rompu ce lien entre l’or et le dollar. Bien des choses ont changé depuis Bretton Woods mais les Etats-Unis bénéficient, toujours, d’une monnaie beaucoup plus égale que les autres, qui reste prépondérante dans toutes les transactions et les réserves des Banques centrales, qu’ils font monter ou baisser en fonction de leurs seuls intérêts et c’est cela, rien de moins, que Nicolas Sarkozy appelle à remettre en question. C’est une grande ambition. Elle est si grande que Nicolas Sarkozy avait finalement renoncé, mardi, à prononcer ces mots de « Bretton Woods », à briser ce tabou, devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Après avoir beaucoup hésité et consulté, il s’était contenté de souhaiter la réunion, en novembre, après la présidentielle américaine, d’une conférence monétaire internationale aux objectifs plus vagues mais, s’il a désormais franchi le pas, c’est que tout bouge et très vite. Quand Peer Steinbrück prédit que Wall Street ne retrouvera pas le statut qu’elle avait depuis que les Etats-Unis étaient sortis grands vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale, il ne fait qu’exprimer un sentiment de plus en plus répandu. Avec l’aventure irakienne et, maintenant, cette crise financière, l’Amérique a amorcé un recul relatif mais sans précédent, dans tous les domaines. Elle ne pourra plus traiter l’Union européenne, la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon en quantités négligeables. Leurs monnaies pèsent et le besoin est devenu évident de fixer leurs rapports, notamment en empêchant Washington et Pékin de faire de leurs devises des instruments de dumping commercial. Nécessité pourrait bien faire loi et l’on aurait tout aussi tort de ne pas prêter attention à la volonté de Nicolas Sarkozy d’amener l’Union à une « réflexion collective » sur son absence de politique économique.

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