Ce n’est plus le même homme et ce ne sera plus la même Palestine. Jusqu’il y a quelques jours encore, ses collaborateurs eux-mêmes trouvaient un côté gris et mou au président de l’Autorité palestinienne qu’ils surnommaient avec condescendance « le fonctionnaire ». Ce n’était pas un chef, disait-on, et moins encore un leader charismatique mais un en discours, celui qu’il a prononcé vendredi à l’Onu, Mahmoud Abbas a transformé son image.

Parce qu’il a tenu tête aux Etats-Unis, parce qu’il a refusé, malgré les pressions de la Maison-Blanche et les menaces du Congrès, de renoncer à sa demande d’admission d’un Etat palestinien à l’Onu et qu’il l’a formulée avec autant d’émotion que de fermeté, cet homme a soudainement emporté l’adhésion populaire en Cisjordanie comme à Gaza. Avec lui, avec ce nouvel Abbas, la Palestine a retrouvé une figure politique à laquelle s’identifier et, magie du verbe et du geste, cela transforme la scène palestinienne car ce Président a une histoire.

Engagé dès son plus jeune dans les combats de son peuple, ancien Premier ministre de Yasser Arafat avec lequel sa volonté de faire émerger un gouvernement digne de ce nom l’avait fait entrer en conflit, Mahmoud Abbas s’est surtout distancé de la violence au cours de la deuxième Intifada en expliquant qu’elle ne menait à rien d’autre qu’à l’échec. C’est ainsi qu’il s’était fait élire président – car Mahmoud Abbas est un président élu même si l’impossibilité d’organiser de nouvelles élections l’a contraint à rester en place après la fin de son mandat. C’est sur cette lancée qu’il avait nommé comme Premier ministre un ancien de la Banque mondiale, Salam Fayyad, qui a réussi à faire décoller l’économie de la Cisjordanie en y mettant sur pied une véritable administration.

Partisan des petits pas, des négociations et de la non-violence, Mahmoud Abbas avait réussi à se faire respecter sur la scène internationale et jusqu’en Israël et son coup d’éclat de vendredi le met aujourd’hui en situation d’utiliser ce capital de respect pour proclamer ce qu’il a appelé hier « le printemps palestinien ». Il était inutile d’en dire plus. Dans tout le monde arabe, « printemps » veut désormais dire rassemblements pacifiques en faveur de la liberté, de la démocratie et de la dignité nationale. L’homme du compromis vient d’appeler son peuple à se remobiliser contre l’occupation des Territoires palestiniens par Israël non pas en jetant des pierres ou des bombes mais en manifestant, sans violences, pour la création de cet Etat qu’il a demandé à l’Onu.

A 76 ans, Mahmoud Abbas ouvre une bataille et le fait sans concession car martélant depuis deux jours qu’il ne reprendra pas de négociations avec Israël tant que le développement des colonies n’aura pas été arrêté et que Benjamin Netanyahu n’aura pas accepté qu’elles portent sur la création d’un Etat dans les frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale. Il met la barre haut, très haut, sans doute pour pouvoir l’abaisser le moment venu mais avec la conscience aussi que c’est également ce que les grandes puissances disent vouloir et qu’il est porté par une popularité qui marginalise les islamistes du Hamas. Dans la plus longue des guerres, la donne vient d’évoluer.

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