Les chiffres disent le droit et font la politique. Ayant manqué, dimanche dernier, la majorité absolue de cinq sièges, seulement cinq, Angela Merkel doit maintenant parvenir à former une coalition avec l’un des trois autres partis représentés au Bundestag, le Parlement allemand.

Avec Die Linke, la gauche de la gauche, toute alliance est évidemment exclue car aucune des deux parties n’en voudrait. Aves les Grünen, les Verts, ce pourrait être envisageable car ce parti a une aile modérée avec laquelle les démocrates-chrétiens pourraient trouver des terrains d’entente mais, outre que les Verts sont divisés et que leur aile gauche ne voudrait pas entendre parler d’une coalition avec la droite, le parti de Mme Merkel ne se voit pas gouverner avec une formation passablement imprévisible et sentant encore trop les politiques alternatives des années 60 et 70.

Même si les divergences ne seraient en fait pas insurmontables, il y a toujours un choc de cultures entre la droite et les Verts et reste donc la social-démocratie avec laquelle Mme Merkel avait déjà gouverné entre 2005 et 2009. La réédition de cette « grande coalition » est aujourd’hui l’hypothèse la plus probable, celle que souhaitent aussi les deux tiers des Allemands mais rien n’est pour autant joué car la gauche craint de n’avoir rien à y gagner.

Les sociaux-démocrates se souviennent qu’ils étaient sortis très affaiblis de la coalition de 2005 dans laquelle ils étaient entrés avec 34% des voix et dont ils étaient sortis à 23% des suffrages, leur plus mauvais score de l’après-guerre. Ils se disent qu’ils n’ont guère remonté la pente dimanche et qu’associés aux décisions mais sans pouvoir vraiment peser sur elles, ils n’auraient pas la possibilité de se refaire en force d’opposition. Non, il n’y aurait rien pour eux d’enthousiasmant dans une nouvelle « grande coalition » mais à rester dans l’opposition et laisser Mme Merkel former un gouvernement minoritaire et, par définition, fragile, ils risqueraient d’apparaître plus soucieux de leurs intérêts que de ceux de l’Allemagne, de perdre plus de terrain encore et de vite se trouver confrontés à des élections anticipées dans lesquelles Mme Merkel pourrait alors obtenir la majorité absolue qu’elle a manquée de si peu.

Le SPD ne peut pas dire non. Il est tellement obligé de dire oui que son président, Sigmar Gabriel, a d’ores et déjà déclaré qu’il accepterait d’ouvrir des discussions avec la droite mais la gauche n’entrera au gouvernement qu’à deux conditions. Elle veut que l’Allemagne instaure un salaire minimum interprofessionnel, un Smic qui n’y existe aujourd’hui pas, et que l’imposition des plus hauts revenus passe de l’actuel taux maximal de 42% à 49%.

La gauche n’entrera au gouvernement que si les plus démunis sont mieux protégés et les plus fortunés plus imposés mais pour l’heure, la droite ne veut pas en entendre parler car elle ne veut pas relever les impôts, même sur les revenus les plus élevés, et n’accepte l’idée d’un salaire minimum que s’il est différencié selon les branches, comme le proposait Angela Merkel durant la campagne. La longue négociation sur la coalition se jouera ainsi programme contre programme et ce ne sera pas plus facile pour la gauche que pour la droite.

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