Il y a l’unanimité mais une question, aussi, qu’il faut décidément marteler A de rares exceptions près, il y a aujourd’hui unanimité en France sur le fait qu’on ne pourrait pas laisser les illuminés sanguinaires du soit disant Etat islamique se créer un bunker à cheval sur l’Irak et la Syrie, que cela décuplerait le nombre de morts et de réfugiés au Proche-Orient, que ces fanatiques pourraient alors faire plus d’émules encore à travers le monde et que la sécurité de l’Europe en serait menacée. Tout justifie cette intervention mais jusqu’où doit-elle aller - quand considérera-t-on, autrement dit, qu’elle a rempli ses objectifs ? A priori, la réponse est simple. Elle est, a priori, que cette intervention cessera lorsque cette organisation aura été suffisamment affaiblie pour n’être plus un danger pour quiconque mais le problème est qu’on ne peut compter sur les seules frappes aériennes pour y arriver. Elles y contribuent bien sûr et sont essentielles mais ne seront pas décisives tant qu’on n’aura pas politiquement isolé ces illuminés et qu’on ne leur aura pas opposé de troupes au sol. Or pour les isoler, il faut éloigner d’eux les sunnites irakiens qui ne sont pas devenus leurs alliés parce qu’ils partageraient leur fanatisme, pas du tout, mais pour pouvoir affirmer leurs droits et leur identité face à la majorité chiite qui gouverne l’Irak. Il faudrait donc pouvoir donner des garanties à la minorité sunnite, les arracher à la majorité chiite, tracer, en un mot, de nouveaux équilibres internes à l’Irak et veiller à leur respect. Ce sera d’autant moins simple qu’il ne faudra pas seulement convaincre les chiites et les sunnites irakiens mais aussi leurs protecteurs respectifs, l’Iran chiite et l’Arabie sunnite qui les appuient car ces vassaux sont pour elles des instruments de rayonnement régional sur lesquels elles veillent jalousement. On voit là qu’il sera bien difficile de faire la différence entre une menace identifiée, l’Etat islamique, et la crise régionale dont il est né et cela se vérifie tout autant avec le problème des troupes au sol. Il n’y a en pas mille de disponibles. Il y a celles de l’Iran et de ses supplétifs du Hezbollah libanais et celles des courants démocratiques de l’insurrection syrienne. Il n’y en pas d’autres mais elles sont totalement antagoniques puisque l’Iran soutien le régime syrien que l’insurrection syrienne combat évidement. Non seulement il n’y pas de front possible entre ces deux forces mais armer l’insurrection syrienne c’est jouer la chute de Bachar al Assad, se heurter à l’Iran et se priver de ses troupes alors que faire appel à l’Iran, c’est heurter de plein fouet l’Arabie saoudite, l’autre puissance régionale, et donner les moyens au régime iranien de ne pas céder aux pressions visant à arrêter sa marche vers l’arme nucléaire. L’objectif de cette intervention est clair. Les moyens d’y parvenir ne le sont pas.

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