Il y a des décennies que les relations entre les Occidentaux et la Russie n’avaient été aussi exécrables...

Il faut remonter jusqu’aux pires moments de la Guerre froide, avant la détente, jusqu’à la crise de Cuba sans doute, pour retrouver des mots aussi durs que ceux qu’Américains et Européens ont employés ce week-end à l’adresse de Moscou.

Prenons la représentante des Etats-Unis à l’Onu. « Ce que la Russie fait, ce n’est pas du contre-terrorisme, c’est de la barbarie, déclarait-elle hier devant le Conseil de sécurité réuni pour à nouveau débattre de la crise syrienne. Au lieu de rechercher la paix, la Russie et Assad font la guerre », a-t-elle ajouté et les représentants de la France et de la Grande-Bretagne n’ont pas été en reste.

« Des crimes de guerre sont commis à Alep », a estimé le premier en comparant le martyre de cette ville écrasée depuis quatre jours sous un déluge de bombes russes et syriennes à celui de Sarajevo et de Guernica. « Des violations flagrantes des lois internationales sont commises » à Alep a renchéri le second en demandant la saisine de la Cour pénale internationale. Quelques heures plus tôt, les chefs des diplomaties américaine, européenne, française, italienne, allemande et britannique avaient, eux, estimé dans un communiqué commun que « la patience devant l’incapacité ou le refus persistants de la Russie de tenir ses engagements n’était pas infinie » et que tout contredisait désormais la volonté qu’affiche Moscou de parvenir à une solution diplomatique.

En mots au moins, Occidentaux et Russes sont aujourd’hui en guerre.

Ce qui se passe est que les Américains ont maintenant compris ce que les Européens, Français en tête, leur disaient depuis des mois. A l’épreuve de ces derniers jours, ils ont compris que les Russes les baladaient avec les négociations sur une trêve et ne visaient en réalité qu’à redonner l’avantage au régime Assad pour proposer ensuite un faux-semblant de compromis.

L’insurrection se trouve seule face à la Russie. L’insurrection pourrait bientôt perdre la bataille car ses armes s’épuisent sans que quiconque ne leur en fournisse d’autres et après avoir constamment refusé de faire quoi que ce soit pour l’aider, les Etats-Unis se trouvent aujourd’hui confrontés à la perspective d’une défaite face à la Russie qui serait aussi la leur au moment où leur présidentielle les paralyse.

C’est une situation extrêmement dangereuse car on imagine mal que les Américains puissent en prendre leur parti et la question qui se pose est de savoir ce qu’ils peuvent et vont faire. Ils peuvent maintenant livrer des armes à l’insurrection mais elles risquent d’arriver après qu’il ne restera plus rien d’Alep. Ils peuvent aussi entreprendre de faire payer ses tromperies à la Russie en lui menant la vie beaucoup plus dure en Ukraine, en accroissant ses difficultés économiques et en rouvrant les portes de l’Otan à l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, voire tout cela en même temps. On ne sait pas, mais le drame syrien devient une crise internationale d’une ampleur alarmante.

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