Cet homme, ce dictateur, est bien plus dangereux encore que ne l’a jamais été Saddam Hussein. Comme Saddam Hussein, Kim Jong-Il et le régime nord-coréen ont à leur actif des centaines de milliers de morts, plusieurs millions peut-être, on ne sait pas, victimes des camps de redressement et des famines, surtout, qui ont décimé le pays dans la dernière décennie. Bien plus encore que dans l’Irak de Saddam, la terreur règne en Corée du Nord, dernier vestige du stalinisme et monarchie communiste où le fils a succédé à son père, Kim Il-Sung dont la propagande avait fait, de son vivant, un demi-dieu. La seule vraie différence entre Kim Jong-Il et Saddam est que, contrairement, à l’ancien président irakien, l’actuel président nord-coréen n’est pas, peut-être, soupçonnable d’être sur le point de développer des armes de destruction de masse. Kim Jong-Il n’est pas, peut-être, sur le point de disposer de l’arme atomique. Il se vante, lui, de l’avoir, le fait dire par ses diplomates, a réactivé son site nucléaire de Yongbyon, s’est retiré du traité de non-prolifération en janvier dernier et tout porte à croire qu’il ne bluffe pas. Tout indique, au contraire, qu’il possède déjà deux ou trois bombes atomiques et ce qui est sûr, c’est que ses missiles, des missiles qui pourraient donc être dotés de têtes nucléaires, peuvent frapper non seulement la Corée du Sud mais aussi le Japon et plusieurs des bases asiatiques des Etats-Unis. C’est cette différence, non négligeable évidemment, qui fait que les Etats-Unis entament aujourd’hui, à Pékin, à la « Résidence des hôtes distingués », des pourparlers avec la Corée du Nord auxquels, outre la Chine, participent le Japon, la Russie et la Corée du Sud. Avec ce régime-là, certainement le plus abominable du monde, Georges Bush va négocier car ni Tokyo ni Séoul ne veulent d’un conflit armé qui pourrait leur coûter très cher et l’Amérique, empêtrée en Irak, n’a pas, non plus, les moyens d’une nouvelle aventure. A la Résidence des hôtes distingués, on va donc négocier une chose qui ne l’est en rien, le montant, politique et financier, du prix que les Etats-Unis seraient prêts à payer pour que les Nord-Coréens renoncent à la bombe. Ce n’est plus compliqué, tout bête en fait, car c’est un pur et simple chantage que Kim Jong-Il exerce dans cette affaire. Il sait bien que sauf à mourir dans une frappe en retour, il ne peut pas utiliser sa bombe mais il peut, en revanche, et le sait aussi, tenter de la monnayer contre une assurance de non-agression américaine et une aide économique massive, contre la survie de son régime. Kim Jong-Il veut du cash et il n’est nullement exclu qu’il finisse par l’obtenir, au fil de longues négociations qui ne font que s’ouvrir, car ce n’est pas seulement qu’il a les moyens militaires de son chantage. Il a aussi pour lui que ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon, aucun des Etats de la région, personne en fait ne souhaitent un effondrement brutal de son régime car il faudrait alors faire face à d’immenses vagues de réfugiés, que l’économie sud-coréenne serait durablement compromise par les coûts d’une réunification soudaine et que toute l’économie asiatique, donc mondiale, en pâtirait. Kim Jong-Il a deux bombes, la nucléaire et l’économique.

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