Les grandes puissances n’en voulaient à aucun prix. Elles ont tout fait pour l’éviter mais en cette fin d’un été sanglant, après dix-huit mois bientôt d’une insurrection qui ne cesse plus de s’étendre, l’internationalisation du conflit syrien devient chaque jour plus inéluctable.

Tout y pousse désormais parce que le niveau de barbarie atteint par le régime de Bachar al-Assad rend toujours plus insupportable l’inaction des pays qui pourraient s’y opposer, que ce régime multiplie maintenant les bombardements aériens contre lesquels l’opposition et la population appellent à l’aide, parce que cette guerre se propage au Liban et parce que le nombre de réfugiés, surtout, plus de deux cent mille personnes déjà, menace de déstabiliser les pays limitrophes, la Turquie au premier chef.

Il faut que ce flot se tarisse. Il faut autrement dit que les déplacés syriens puissent rester sans crainte dans les zones de leur pays que le pouvoir ne contrôle plus. Il faut donc protéger ces déplacés et c’est ainsi que l’idée d’une no-fly zone partielle, de l’interdiction d’une partie du ciel syrien à l’aviation du régime, est en train de faire son chemin, notamment à Paris.

« C’est une hypothèse qui mérite d’être étudiée », déclarait jeudi Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense. « Nous sommes en train de réfléchir à tout ça », ajoutait le même jour Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, et le fait est que, sur instruction du président de la République, militaires et diplomates français planchent aujourd’hui sur ce scénario. Les premiers étudient les moyens qui seraient à mettre en œuvre car la défense anti-aérienne syrienne n’est pas quantité négligeable et l’a rappelé en abattant au printemps dernier un avion turc. Quant aux diplomates, leur tâche est de définir le cadre légal dans lequel cette intervention pourrait se faire si la Russie et la Chine continuaient de bloquer, comme probable, toute action du Conseil de sécurité.

Signe de la détermination des autorités françaises, l’idée qui monte à Paris serait d’obtenir de l’opposition syrienne qu’elle oublie ses dissensions et forme un gouvernement provisoire qui pourrait alors être reconnu par la France et d’autres puissances et faire appel à leur intervention. Dans cette hypothèse, l’aval du Conseil de sécurité ne serait plus aussi nécessaire puisqu’il ne s’agirait plus d’une intervention étrangère mais d’une réponse à une demande d’un gouvernement considéré comme légitime et qui le serait en tout cas plus que le régime en place.

On n’y est pas encore. Les diplomaties occidentales vont poursuivre leurs efforts visant à convaincre la Russie d’enfin contribuer à la fin de ce drame. La page diplomatique n’est pas déjà tournée mais les Etats-Unis ne sont plus fermés à l’idée d’une intervention et l’évolution en cours à Paris comme à Washington et dans plusieurs pays arabes est assez marquée pour que les Iraniens viennent de déclarer que la sécurité du régime syrien était la leur et que Bachar al-Assad ait réaffirmé hier sa volonté de s’opposer au « complot » qui serait tramé contre ce pays. Ce conflit change de dimension et c’est le fait marquant de cette rentrée.

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