Ce qui était devenu très possible ce week-end devient maintenant hautement probable. Les déclarations de responsables occidentaux laissant entrevoir une riposte militaire à l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien ne cessent plus de se multiplier à Londres, Paris et Washington et, depuis hier, de hauts responsables militaires de pays occidentaux et musulmans, dont le chef d’état-major des armées américaines, le général Dempsey, sont réunis à Amman, la capitale jordanienne, pour discuter des « scénarios possibles après les dangereux développements en Syrie ».

Les choses se précisent mais se précisent précisément tant que la Russie proteste déjà contre « la grossière violation du droit international » que cette riposte constituerait à ses yeux et met en garde contre les « graves conséquences » qu’elle aurait. Fidèle soutien du pouvoir syrien depuis le début de l’insurrection, la Russie se tient plus que jamais à ses côtés mais pourquoi le fait-elle elle alors qu’elle n’a rien à y gagner au Proche-Orient, pas plus auprès des population arabes dont les sympathies vont à l’insurrection qu’auprès des gouvernements qui, à l’exception de l’Irak majoritairement chiite, sont tous hostiles au régime de Bachar al-Assad car il est le seul allié de l’Iran chiite et perse dans une région massivement sunnite et arabe ?

En termes d’intérêts nationaux, ce choix de la Russie ne s’explique pas. La Russie se tire là dans le pied. Beaucoup de ses diplomates en sont d’ailleurs conscients mais Vladimir Poutine n’en démord pas, pour deux raisons.

La première est qu’il est littéralement obsédé par les islamistes parce que beaucoup des citoyens de la Fédération de Russie sont musulmans, notamment dans le Caucase, qu’il ne fait aucune différence entre islamistes et djihadistes, voit dans l’islam en danger sécuritaire pour son pays et préfère donc les musulmans écrasés par des dictatures que libres de choisir leur destin.

Cela fait l’un de ses nombreux points communs avec les extrêmes-droites européennes mais la seconde raison de la politique syrienne de Vladimir Poutine est que les révolutions arabes ne sont à ses yeux que des manipulations des Etats-Unis et de leurs services secrets qui auraient entrepris de remplacer d’anciens régimes amis mais trop usés et impopulaires par de nouvelles équipes qui leur devraient leur pouvoir.

Lui-même ancien espion et formé aux lectures policières de l’histoire, Vladimir Poutine veut d’autant moins laisser cette supposée manipulation l’emporter en Syrie qu’il est convaincu d’être le prochain sur la liste de la CIA qui voudrait le faire tomber – il en est sûr – en appuyant et finançant les mouvements d’opposition russes auxquels il s’est donc méthodiquement attaqué depuis un an. Avec de telles visions de la sécurité russe et de sa sécurité personnelle, il y a peu de chances que le maître du Kremlin varie sur cette politique syrienne pourtant tellement contraire aux intérêts nationaux de son pays. La Russie n’entrera pas en guerre avec quiconque à cause de la riposte internationale qui se prépare mais déjà exécrables, ses relations avec les Occidentaux ne s’en amélioreront pas.

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