Entre le cessez-le-feu d’hier et ceux qui l’avaient précédé, il y a une très frappante différence. Cette fois-ci, quelques heures seulement après qu’eut été annoncé ce nouvel accord israélo-palestinien sur un arrêt des hostilités à Gaza, plusieurs des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique, des deux mouvements radicaux contrôlant cette bande côtière, sont sortis de leurs cachettes pour haranguer la foule en meeting public. Ils ne craignaient donc d’être visés par les tirs israéliens. Ils savaient qu’ils pouvaient désormais se montrer sans danger et cela signifie que cet accord dont on sait encore si peu de choses est réellement substantiel. Conclu après 50 jours de guerre et présenté comme « permanent », il prévoit la réouverture de points de passage entre Gaza, Israël et l’Egypte, autrement dit une levée partielle du blocus de la Bande, et également un doublement de la zone maritime allouée aux pêcheurs palestiniens. C’était là deux des demandes du Hamas qui peut ainsi crier victoire et ne s’en prive pas mais qu’en est-il exactement et que peut-on attendre de la reprise des pourparlers qui, aux termes de cet accord, devrait intervenir sous un mois ? Bien au-delà de ces deux concessions israéliennes, le mouvement islamiste vient de marquer un vrai point. Avant l’été, avant cette guerre, il était aux abois et totalement isolé parce qu’il avait rompu avec l’Iran en raison de la crise syrienne et que l’Egypte et l’Arabie saoudite, deux pays engagés dans une bataille frontale avec les Frères musulmans auxquels le Hamas est apparenté, oeuvraient ensemble à le détruire. Les islamistes palestiniens n’avaient plus ni argent ni soutiens. C’est pour cela qu’ils s’étaient rapprochés de l’Autorité palestinienne, elle-même affaiblie par l’échec des pourparlers de paix avec Israël, et qu’ils avaient ainsi reformé un gouvernement d’union avec les laïcs du Fatah. Le Hamas ne comptait plus guère mais en provoquant cette guerre, en résistant à 50 jours de bombardements israéliens et montrant la force militaire qu’il avait acquise, il a réussi à revenir dans le jeu. C’est sa victoire, une victoire politique, mais le Hamas n’est plus qu’à la tête d’un territoire détruit et l’essentiel de ses moyens militaires a été anéanti par les frappes israéliennes. Le Hamas ne peut plus grand-chose sans le soutien des Saoudiens, des Egyptiens et de l’Autorité palestinienne dans la main desquels il se retrouve et qui veulent, eux, travailler à un compromis durable avec Israël. De fait, qu’ils le veuillent ou non, les islamistes palestiniens se retrouvent aujourd’hui du même côté que ceux des pays arabes et des autres Palestiniens qui veulent imposer un accord de fond à la droite israélienne au pouvoir. Les lignes ont bougé. Depuis hier, l’Autorité palestinienne peut à nouveau parler au nom de tous les Palestiniens et son président, Mahmoud Abbas, a commencé à le faire dès hier en exigeant d’Israël des négociations qui ne doivent plus être « brumeuses », a-t-il dit, mais vraiment déboucher sur la fin de l’occupation des Territoires, c’est-à-dire sur la création d’un Etat palestinien. Dans la plus longue des guerres, un nouveau round vient de s’ouvrir.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.