Le retentissement international de la mort du sénateur américain est d’abord un commentaire en creux sur l’actuel Président des Etats-Unis, Donald Trump.

John McCain, ou l'antithèse de Donald Trump
John McCain, ou l'antithèse de Donald Trump © AFP / Mandel Ngan, Brendan Smialowski

Il y a certes beaucoup à dire sur le parcours exceptionnel de John Mc Cain, y compris sur ses erreurs comme son soutien aveugle à l’invasion de l’Irak en 2003, ou son choix malheureux de l’incroyable Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence en 2008.

Mais ce que les Américains et le monde préfèrent honorer aujourd’hui, se résume en un mot : la décence. Résumée par une scène rediffusée depuis hier, celle où le candidat McCain en 2008 est interpellé par une Américaine qui lui dit qu’elle n’a pas confiance en Barack Obama parce que, selon elle, c’est un arabe… McCain l’interrompt et la contredit, faisant l’éloge de son opposant démocrate alors qu’il aurait pu engranger quelques bénéfices politiques en la laissant parler. Ce respect, au-delà des différences, c’est ça qu’on peut appeler la décence en politique.

La décence en politique, c’est ce qui manque à Trump ?

Exactement. Et c’est ce que les leaders du monde entier ont voulu signifier, le plus souvent sans le dire, dans leurs hommages à John McCain, perçu comme l’antithèse de Trump. 

Un monde sépare la scène que je viens de rappeler de la riposte pathétique de Donald Trump à John McCain, pourtant Républicain comme lui, qui venait de le critiquer : « je préfère les héros qui ne se sont pas fait capturer », a-t-il tweeté, en référence à la longue captivité de l’ancien pilote au Vietnam. Un comble quand on sait que Donald Trump s’est arrangé pour échapper à la conscription !

Cette absence de décence de Donald Trump n’est pas qu’une question de caractère : c’est un choix politique - aux antipodes de la rigueur dont a fait preuve McCain dans sa vie politique, ce que lui reconnaissent même ses plus farouches adversaires.

John McCain appartenait à la vieille garde républicaine, assurément plus Reagan que Trump, fidèle à sa vision du monde, à ses alliances et à ses valeurs. Il ne se reconnaissait pas dans la disruption « trumpienne » du vieil ordre international à laquelle se livre l’actuelle administration, y compris vis-à-vis des alliés traditionnels des Etats-Unis comme l’Europe. C’est ce vieux monde, prévisible et disons… plus rationnel, que rappelle la disparition de John McCain - le monde d’hier.

Son passé militaire, son parcours politique, et cette fameuse « décence » en faisaient une voix respectée dans l’opposition républicaine à Donald Trump. La maladie l’a empêché de jouer pleinement ce rôle.

Il le tiendra une dernière fois en interdisant à l’actuel occupant de la Maison Blanche d’être présent à ses funérailles, demandant à George Bush, et surtout à Barack Obama, l’homme qui l’avait battu en 2008 et que Donald Trump honnit, de prendre la parole lors de la cérémonie. Des funérailles d’Etat pour l’homme que beaucoup auraient aimé voir Président… à la place du Président.

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