En pleine crise majeure avec les États-Unis de Donald Trump, le ministre chinois des Affaires étrangères visite cinq pays européens, dont la France, afin d’empêcher l’Europe de se laisser gagner par l’esprit de « guerre froide ». Le problème est qu’il arrive les mains vides…

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, se trouvait hier aux Pays-Bas, 2ème étape de sa tournée européenne. Covid oblige, le salut avec son homologue néerlandais se fait par le coude…
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, se trouvait hier aux Pays-Bas, 2ème étape de sa tournée européenne. Covid oblige, le salut avec son homologue néerlandais se fait par le coude… © AFP / Koen Van WEEL / ANP / AFP

En temps normal, la visite d’un ministre des Affaires étrangères chinois ne mériterait pas qu’on s’y attarde. Mais ce ne sont pas des temps normaux. D’abord parce que la diplomatie, depuis des mois maintenant, se fait plutôt en visioconférence qu’en face à face ; mais Pékin a estimé nécessaire d’envoyer Wang Yi en personne dans cinq pays d’Europe, dont la France.

Mais surtout, c’est le contexte international qui rend cette tournée significative. L’administration Trump, aux États-Unis, poursuit implacablement son escalade contre la Chine, annonçant presque chaque jour une nouvelle mesure de sanction ou d’isolement ; un jour dans la technologie, le lendemain sur Hong Kong, le sort des Ouigours du Xinjiang, ou un rapprochement avec Taiwan.

Wang Yi vient donc pour « limiter la casse » et empêcher autant que possible que les pays de l’union européenne ne soient gagnés par l’esprit de « guerre froide » qui règne à Washington. Le problème est que le chef de la diplomatie chinoise arrive les mains vides.

Les pays de l’Union européenne ont durci le ton vis-à-vis de la Chine, mais se gardent bien de reprendre l’agressivité de Donald Trump aux fortes arrières pensées électorales.

C’est ce décalage entre les deux rives de l’Atlantique que vient entretenir Wang Yi. Il est d’ailleurs significatif que sa tournée ignore le Royaume Uni, considéré comme aligné sur Washington concernant la Chine, après ses décisions d’écarter l’équipementier télécom Huawei de la 5G, et d’ouvrir ses portes aux Hongkongais qui veulent quitter le territoire.

Le reste de l’Europe est plus ambivalent, prenant ses distances avec Pékin sur une large gamme de sujets, tout en souhaitant conserver à la fois un dialogue avec la Chine et, ne l’oublions pas, maintenir des liens commerciaux importants.

C’est une position délicate à tenir, surtout face au durcissement du pouvoir chinois, qu’il s’agisse de la loi sur la sécurité nationale imposée cet été à Hong Kong, ou les camps d’internement des Ouigours. Il y a des situations où le « dialogue » s’apparente à fermer les yeux.

Que peut apporter le ministre chinois ? Pas grand-chose, en réalité. Il n’a aucune réponse sur les droits de l’homme, considérant qu’il s’agit de questions intérieures ou de calomnies américaines ; il n’a pas non plus la clé du déblocage des discussions sino-européennes sur les investissements, bloquées depuis des années ; ni enfin pour apaiser les craintes sur les équipements 5G de Huawei.

Wang Yi, qui sera reçu en fin de semaine par Emmanuel Macron, un haut niveau d’entretien pour un ministre des Affaires étrangères, va surtout pouvoir évaluer l’état des positions européennes avant le Sommet, en visioconférence cette fois, à la mi-septembre, entre certains dirigeants européens et le numéro un chinois Xi Jinping. A six semaines de l’élection américaine, ce sera un moment important.

Le temps presse pour Pékin, car si Joe Biden l’emporte aux États-Unis en novembre, il sera alors plus difficile d’empêcher les convergences américano-européennes ; mais si la Chine reste inflexible, c’est pourtant ce qui risque de se produire.

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