Peut-on vouloir, à la fois, plus de justice sociale et plus de flexibilité, moins d’intervention de l’Etat dans la vie économique et moins d’inégalités ? La réponse est, a priori, « non » mais, pour les Allemands, c’est « oui ». Interrogés, sur internet, par le cabinet conseil McKinsey, 620 000 d’entre eux, disent à 62% - une majorité, donc, de près des deux tiers - qu’il est nécessaire de réformer l’Allemagne à un rythme plus soutenu qu’aujourd’hui. En ces années, qui dit « réforme » dit libéralisation, moins d’Etat, plus de liberté des marchés, et c’est bien ce qu’il faut entendre là puisque 75% des personnes interrogées estiment explicitement qu’il faut revoir les règles de fonctionnement du marché du travail, conditions d’embauche et de licenciement. Plus clair encore, 52% des Allemands interrogés dans le cadre de cette étude affirment pouvoir s’imaginer fonder une entreprise contre 37% dans la première enquête de ce type réalisée il y a cinq ans. L’évolution est notable et, franchement spectaculaire cette fois-ci, 79% des répondants disent vouloir travailler plus, 83% aspirer à une meilleure valorisation des performances, à une indexation, en d’autres termes, des salaires sur le rendement, et 54% souhaiter une diminution du rôle de l’Etat dans la vie économique. Même dans leurs rêves les plus fous, les libéraux n’en ont jamais espéré tant, en tout cas pas en Europe et surtout pas en Allemagne, pays de l’économie sociale de marché, mais ce n’est, là, qu’une partie de la photo. Dans le même temps, cette étude montre en effet que 76% des Allemands, contre 56% en 2004, veulent moins de différences sociales, qu’il les juge, si l’on comprend bien, plus insupportables qu’il y a deux ans, et qu’ils estiment, dans la même proportion, qu’il revient à l’Etat de mener à bien les réformes des systèmes de santé, de retraites et de formation. Les partisans de l’Etat arbitre sont ainsi tout aussi légitimés que les libéraux et l’explication se lit sans doute dans une autre réponse à cette enquête qui montre, elle, que 60% des Allemands s’attendent à une dégradation de la protection sociale et de leur situation financière. C’est parce qu’ils voient bien, et de plus en plus nettement, que le statu quo ne pourra pas maintenir leurs acquis sociaux dans un monde qui change que les Allemands sont prêts à plus de flexibilité et de liberté des entreprises mais c’est parce qu’ils restent attachés à la volonté de justice sociale et d’égalité qu’ils veulent que l’Etat conduise les réformes des retraites et de la santé. Non seulement il y a une logique à cela mais c’est exactement ce qu’ont exprimé les élections de septembre lorsque les Allemands ont obligé droite et gauche à se coaliser après que la démocratie chrétienne eut soudain dérivé vers trop de libéralisme. Particularité allemande ? Non. Les Italiens viennent de mettre à égalité droite et gauche qui sont au coude à coude en France et dans toute l’Europe. Comme l’Allemagne, les Européens sont tous en quête de l’équilibre qui concilierait risques et filets de protection, esprit d’entreprise et solidarité, social et compétitivité. Peut-être est-ce utopique mais, outre que ce n’est pas certain, c’est l’attente.

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