La grande majorité des Européens ne s’intéressent pas à leur Parlement commun. Faute de s’y retrouver dans les subtilités institutionnelles de la construction européenne, faute de savoir qui fait quoi et pourquoi dans l’Union, près des deux tiers d’entre eux, à en croire les sondages, pourraient s’abstenir aux élections du 7 juin, dans six semaines. A le faire, ils se tireraient dans le pied. De gauche, de droite, verts ou d’une autre couleur, ils se tromperaient à persister dans l’abstention car le parti ou la coalition qui sortira vainqueur de ce scrutin, qui sera majoritaire au Parlement de Strasbourg, aura le pouvoir d’imposer son candidat, homme ou femme, à la tête de la Commission. A travers les députés qu’ils éliront, les citoyens européens choisissent indirectement, comme dans tout système parlementaire, le président et les membres de ce qui est, de fait, le gouvernement de l’Union, l’institution qui initie les politiques économiques et sociales communes, les conduit, veille à l’application des traités et recherche les bases sur lesquelles concilier les Etats membres, dégager une majorité des Vingt-sept ou leur unanimité lorsqu’elle est nécessaire. Si vous êtes libéral et vous inquiétez du regain régulateur qui se fait sentir à Bruxelles, votez. Si vous êtes, avant tout, écologiste, votez, ou ne vous plaignez pas, ensuite, que la Commission ne fasse pas assez entendre la voix de l’Europe sur le réchauffement climatique. Si vous êtes partisan d’une dose de protectionnisme européen, votez pour ceux qui défendent cette idée car ce sera la seule manière de la faire prévaloir. Si vous souhaitez que l’Union marche vers l’harmonisation des politiques économiques, sociales et fiscales de ses 27 pays membres, votez car le moment est propice à ce qu’une Commission décidée à le faire y parvienne. Si vous êtes fédéraliste, votez car seules les institutions paneuropéennes, Parlement et Commission, pourraient imposer un gouvernement de l’Union qui transcende les égoïsmes des Etats. Si la crise vous a déjà fait perdre votre emploi ou menace de le faire, votez pour des partisans d’un plan de relance européen, coordonné, à long terme, plutôt que d’attendre des solutions de gouvernements nationaux dont la marge de manœuvre est limitée. Parce qu’on n’en voit pas l’importance, les élections européennes restent, au mieux, une occasion de faire parler son cœur ou sa colère et les partis nationaux en sont largement responsables parce que le vote n'est, pour eux, qu’un moment de leurs batailles nationales et qu’aucune des grandes familles politiques européennes ne s’est rangée derrière un candidat à la Commission à la fois crédible, capable d’incarner un programme européen et à même de mobiliser son camp dans toute l’Union. Les forces politiques sont largement responsables de ce désintérêt mais, précisément à cause de cela, c’est aux citoyens, aux associations, aux journaux, aux syndicats en ce temps de crise, de prendre les choses en mains, de voter et appeler à voter.

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