Chacun en tirera les conclusions qu’il veut mais c’est un fait. Le fait est que tout se sera passé dans cette campagne présidentielle comme si les Etats-Unis d’Europe existaient déjà. Non seulement elle se sera largement jouée sur des enjeux européens et non pas seulement français mais, exactement comme un basculement du Texas ou de la Californie peut faire voir une évolution des Etats-Unis d’Amérique et anticiper leur changement, elle aura affirmé la réémergence de l’extrême-droite en nouvelle force paneuropéenne et peut-être bien permis, surtout, un tournant politique de l’ensemble de l’Union.

Les enjeux européens, d’abord, ont dominé cette campagne car Nicolas Sarkozy avait compté sur l’adoption du pacte budgétaire pour remonter son handicap. Un désamour l’avait frappé. Les sondages le donnaient perdant mais il pouvait tabler, croyait-il, sur ce pacte de rigueur qui calmait les marchés et rendait confiance en la pérennité de l’euro pour se camper en homme d’Etat, sauveur de l’Europe et de la monnaie unique.

Il a pleinement joué cette carte et, lorsque François Hollande annonce qu’il exigera la renégociation du pacte s’il est élu, qu’il faudra y inclure des mesures de relance économique ou qu’il ne le signera pas, Nicolas Sarkozy croit voir l’erreur qui enverra la gauche au tapis. Il se montre aux côtés d’Angela Merkel. Il se fait oindre par la chancelière en dirigeant responsable qui empêchera ce socialiste irresponsable de replonger l’Europe dans la tempête mais c’était méconnaitre l’état de l’opinion.

Non seulement cette position de François Hollande n’a pas choqué les Français mais elle les a plutôt séduits car ils ont apprécié qu’il dise « non » à cette rigueur venue de Bruxelles et que lui, l’Européen convaincu, revendiqué, épouse cette colère qui monte si fort contre un projet devenu illisible, des institutions incompréhensibles et des politiques communes qui paraissent se réduire, comme en Grèce, à toujours plus d’austérité. François Hollande avait frappé si juste dans l’opinion que Nicolas Sarkozy s’est mué en pourfendeur de l’Europe et que c’est des politiques européennes qu’on aura le plus parlé dans cette campagne nationale – comme si les Etats-Unis d’Europe existaient déjà.

Là-dessus, le Front national a fait, dimanche, le score que l’on sait et l’on a réalisé qu’une extrême-droite avait ressurgi dans toute l’Union, qu’elle prospérait partout sur le rejet de l’immigration, la peur de la mondialisation et la nostalgie des frontières nationales, qu’elle avait autant d’identité commune que la gauche, la droite et les Verts européens, que l’échiquier politique était, en un mot, le même dans toute l’Union – comme si les Etats-Unis d’Europe existaient déjà, dans le faits au moins.

Et puis, surprise, c’est toute l’Europe qui commence maintenant à parler de la nécessité d’une relance économique – comme si les débats de l’un des Etats de l’Union, la France, avaient infléchi les débats de toute l’Union, comme si l’Europe était déjà devenue, dans les faits, un ensemble politique, comme si, déjà, les Etats-Unis d’Europe existaient. C’est, en réalité, loin d’être le cas mais, quoi qu’on en conclue, on pourrait et facilement s’y méprendre.

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