par Anthony Bellanger.

Aujourd'hui, vous vouliez revenir sur le pillage à grande échelle du patrimoine archéologique irakien et syrien...

Oui parce que je suis tombé hier sur un remarquable reportage du quotidien britannique The Independent . Imaginez-vous deux minutes dans la peau de cette journaliste venue enquêter à Gaziantep, non loin de la frontière syrienne, côté turc, sur le trafic d'œuvres d'art.

Elle n'est là que depuis quelques heures et déjà, elle a des rendez-vous. On lui montre des sacs entiers de pièces de monnaies antiques, des photos de manuscrits chrétiens du XIIIème siècle (pas chers) et surtout une tablette couverte d'écriture cunéiforme.

Un joyau de 4.000 ans d'âge racontant les victoires de deux rois mésopotamiens. Une merveille digne du Louvre. C'est en rentrant à Londres et en montrant la photo à des spécialistes que la journaliste s'est rendue compte de l'immense valeur de la tablette.

Elle aurait donc pu l'acheter ?

Oui et non. Parce qu'évidemment, les vendeurs syriens aussi de cette tablette en connaissaient la valeur : plusieurs centaines de milliers d'euros et que notre journaliste n'avait, comment dire… pas cet argent sur elle. Mais ce n'est pas ça l'important.

L'important c'est que de pareilles merveilles sont visiblement échangées tous les jours à Gaziantep qui est devenue une sorte de marché de gros ou de demi-gros pour écouler le pillage systématique des trésors archéologique d'Irak et de Syrie.

Et la mésaventure de la journaliste de The Independent montre combien ce marché est désormais parfaitement huilé et organisé. Visiblement, les revendeurs n'ont pas grand-chose à craindre et, par contre, beaucoup de choses à vendre.

Pas plus tard qu'il y a un mois, les Etats-Unis ont restitué à l'Irak 60 objets antiques – des statues, des tablettes d'argile, des bronzes – qui avaient été pillés en Irak. Depuis 2008, 1.200 objets précieux ont ainsi été restitués par les Américains.

Mais depuis quelques mois, ce pillage prend des proportions industrielles. Au point qu’il y a même embouteillage ! Le marché noir de l'art – qui est la troisième source de revenu illégal après les drogues et les armes- n'est plus capable d'absorber une telle quantité.

C'est la raison pour laquelle la journaliste de The Independent a pu si facilement rencontrer des trafiquants. Ce qu'elle a surtout appris, c'est que les groupes armés de Syrie et d'Irak, notamment le groupe Etat islamique, se finançaient par ce biais.

Ils ont pourtantdétruit les sites archéologiques et les statues ? En apparence du moins.

Il faudrait qu'ils soient très très stupides pour détruire ce qu'ils peuvent si facilement monnayer. Au musée de Mossoul, par exemple, les statues détruites étaient des reproductions. On le voit assez facilement aux armatures de fer qui les composent.

Le groupe Etat islamique savait-il qu'il détruisait des copies ? Ce n'est pas certain... Mais de toute façon, leur but était de scandaliser l'Occident avec ces images. Et ils y sont parvenus. Mais le vrai scandale, les trafiquants le racontent très simplement : Pour faire des fouilles sauvages, il suffit d'aller demander un permis à l'Etat islamique qui, au passage, encaisse 20%. Dernière chose : ces tablettes, ces statuettes, ces monnaies, ces merveilles où finissent-elles ? En Europe. En clair, c'est nous qui les achetons !

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