Vous allez nous parler foot ce matin... on aura tout vu !

 Mohamed Salah, allier droit de l'équipe de Liverpool est devenu une star en quelques mois
Mohamed Salah, allier droit de l'équipe de Liverpool est devenu une star en quelques mois © AFP / Lindsey PARNABY

Commençons par un aveu : je n'y connais rien en foot. Donc je ne vous parlerai pas de foot mais d'un joueur dont le parcours, l'actualité et la nationalité sont éminemment géopolitiques.

Il s'agit de Mohamed Salah, dit Mo Salah, un allier droit de l'équipe de Liverpool. En quelques mois, ce joueur de 25 ans est devenu une star tant en Grande-Bretagne que dans son pays d'origine, l'Egypte, et dans tout le Moyen-Orient. Il faut regarder les quelques minutes d'interview qu'il a accordé à CNN pour comprendre le phénomène : Mo Salah est désarmant d'intelligence et irradie de sympathie et de tranquille confiance en lui. C'est au point que les supporters des Reds, chaque fois que Mo Salah met un but, entonnent le chant suivant : "s'il en marque quelques-uns de plus, je deviens musulman, assis à la mosquée, c'est là que je veux être".

Ca fait de lui une star de foot... pas un phénomène géopolitique

C'est là où il faut avoir un peu de recul. Mo Salah est Egyptien, un pays où politique et foot ont toujours été intriqués. Les deux clubs historiques égyptiens, Al Ahly et Zamalek, deux clubs du Caire, ont souvent été à la pointe de l'histoire du pays. Notamment Al Ahly, le club populaire viscéralement anti-colonial et nationaliste qui, en 1956, a fait de Nasser, son président d'honneur avant qu'en 1967, le même Nasser interdise les matchs : trop de concurrence avec sa propre popularité.

A partir de 2007, un phénomène est apparu en Egypte mais aussi en Tunisie et dans pas mal de pays arabes : les supporters se sont organisés en Ultras. Ils ont été de tous les printemps arabes : déterminés, organisés et profondément égalitaires.

Ils sont collectivistes et prêchent la résistance à l'autoritarisme. On a pu même écrire que dans les rues du Caire, mais aussi de Tunis, face aux forces de l'ordre, en 2011, l'année des Printemps arabes, il y avait les Frères musulmans et eux.

Ils sont restés apolitiques

Disons que la politique a fini par rattraper les Ultras : les matchs de foot ont repris une soixantaine de jours après la chute d'Hosni Moubarak et les Frères musulmans, pour ne parler que d'eux, ont tout essayé pour infiltrer les clubs.

En juin 2013, en pleine ascension frériste, le club de Zamalek est approché. En juillet 2015, un des joueurs les plus populaires d'Egypte, "l'assassin souriant" du club d'Al Ahly Mohamed Aboutrika, était accusé de soutenir les Frères musulmans. Tous ses biens ont été gelés et son nom traîné dans la boue. Quant aux Ultras ils font l'objet d'une interdiction de manifester et sont suivis et poursuivis dans tout le pays. Un pays meurtri et appauvri par des années de privation et d'inflation. Puis est venu Mohamed Salah qui ne s’affiche ni avec le maréchal Al Sissi, qui en rêverait, ni avec l'opposition. C'est la recette d'une popularité comme j'en ai rarement vu en Egypte et dans le monde arabe : Mo Salah réconcilie tout le monde. Or l'Egypte avait désespérément besoin d'une figure unificatrice. Mo Salah est pieux, son épouse discrète, sa petite fille s'appelle Makka, du nom de la ville sainte de l'Islam, mais a 25 ans et il est la figure même d'une modernité musulmane heureuse et décomplexée.

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