Le Ministre de la justice, l’ex-juge Sergio Moro, a claqué la porte du gouvernement, et le propre fils du Président est visé par une enquête pour une « usine de Fake News » : Jaïr Bolsonaro est désormais visé par des appels à sa destitution.

En des temps plus heureux, en août 2019, le président brésilien Jaïr Bolsonaro (à dr) et son ministre de la justice et de la sécurité publique, Sergio Moro. Ce dernier a démissionné vendredi.
En des temps plus heureux, en août 2019, le président brésilien Jaïr Bolsonaro (à dr) et son ministre de la justice et de la sécurité publique, Sergio Moro. Ce dernier a démissionné vendredi. © AFP / EVARISTO SA / AFP

Lorsque Jaïr Bolsonaro a été élu Président en 2018, il était surnommé le « Trump du Brésil ». Il rejoint aujourd’hui le Président américain dans la descente aux enfers : un déni initial de la menace du coronavirus avant d’être rattrapé par la pandémie ; un parfum de scandale et de controverse permanent comme mode de gouvernement ; et, désormais, une menace d’impeachment, de destitution.

Tout comme Donald Trump, pas un jour ne passe sans son lot de polémique qui ravit son socle inamovible de partisans, et révulse le reste de cette société polarisée. Mais si son déni du coronavirus a été compensé par le sens de la responsabilité des gouverneurs, qui ont décrété le confinement contre l’avis du Président, il doit aujourd’hui faire face à une crise qui le touche plus directement.

Bolsonaro a « perdu » son ministre de la justice, l’ex-juge anticorruption Sergio Moro, sa principale « prise de guerre » lors de la formation du gouvernement. Sergio Moro a claqué la porte du gouvernement après la nomination d’un nouveau chef de la police chargé d’informer directement le Président sur des enquêtes anticorruption en cours, dont certaines visent des amis de Bolsonaro.

C’est un coup dur car Sergio Moro est l’homme politique bénéficiant de la plus forte confiance au Brésil, même si des révélations ont entaché sa réputation de petit juge ayant fait envoyer l’ancien président Lula en prison pour corruption. Son départ provoque la plus grave crise politique pour Bolsonaro en deux ans de pouvoir qui n’en ont pourtant pas manqué.

Bolsonaro est-il menacé ? Les appels à ouvrir une procédure de destitution contre lui se sont multipliés, mais il est loin d’être sûr, comme pour Trump, qu’elles aboutissent. Bolsonaro peut compter sur un parlement dispersé, une opposition divisée, et le soutien d’une partie de l’opinion et de l’armée.

Mais les ennuis n’arrivent pas seuls. Le fils de Jaïr Bolsonaro, Carlos, se trouve à son tour au centre d’une affaire qui éclabousse son Président de père : une usine de « Fake news » sur laquelle a enquêtée la police. Ce réseau multiplie les manipulations, les diffamations, et les menaces en ligne dans des affaires politiques.

Ca ferait déjà beaucoup sans le coronavirus. L’attitude du Président face à la pandémie fait tout autant débat, car il a commencé, comme Donald Trump, en comparant le covid-19 à une simple grippe, à serrer les mains en public délibérément, et à dénoncer les gouverneurs qui suivaient les avis scientifiques, et décrétaient le confinement. Bolsonaro a limogé son ministre de la Santé qui tentait de le convaincre de changer de cap, alors que l’épidémie progressait au Brésil.

Les déconvenues du dirigeant brésilien montrent à quel point les « hommes forts » de l’heure, Trump aux États-Unis, Erdogan en Turquie, Poutine en Russie, ont tous, comme lui, minimisé la menace du coronavirus avant d’être contraint d’y faire face. Ils ne peuvent se prévaloir ni de clairvoyance, ni de plus d’efficacité que d’autres.

Ils leur reste l’autoritarisme qui leur permet de survivre mais ça n’efface pas le bilan. Peut-être, pour Bolsonaro, cela accélèrera-t-il la chute d’un homme pas taillé pour diriger un grand pays comme le Brésil.

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