Ce matin, direction Taiwan qui deviendra peut-être dans quelques mois le premier pays asiatique à adopter le mariage gay.

Vous employez déjà le mot qui fâche, Pierre. Non pas gay mais « pays ». Pour la Chine évidemment, Taïwan n'est pas un pays mais une province rebelle. A l'inverse, les Taïwanais, eux, passent leur temps à faire la différence avec leur énorme voisin. Et le mariage gay est un morceau de choix pour se différencier de Pékin sans trop tirer les moustaches du tigre chinois. La démocratie aussi : Taïwan, comme la Corée du Sud ou le Japon, est une démocratie libérale à l'occidentale et réussie. Suivez mon regard.

Mais revenons au mariage pour tous version taïwanaise. En Asie, Taïwan a toujours été à l'avant garde la lutte pour les gays et les lesbiennes. Dès 2005, un projet de loi avait été présenté au parlement local et à l'époque rejeté. Mais l'idée a fait son chemin. Et surtout, le combat pour l'égalité est devenu une sorte de marqueur de démocratisation pour un pays, ou une province, longtemps tenue par les héritiers très conservateurs, très confucéens et très nationalistes du Kuomintang.

Ce mariage gay a de réelles chances de passer. D'abord, il a le soutien de près de 60% de la population, selon des sondages récurrents. Même le Kuomintang a compris qu'il ne fallait lutter sur ce terrain et a présenté son projet de loi, certes plus restrictif, mais le légalisant aussi. Enfin, au dernier décompte, une soixantaine de députés sont déjà acquis à la cause. C'est-à-dire la moitié. Alors, il y a à Taïwan une vraie opposition religieuse, dans une île où le christianisme est très présent. Mais l'affaire semble bien partie. D'autant qu'elle pourrait bénéficier d'une histoire dramatique qui concerne l'un de nos compatriotes, figurez-vous ! Il s'appelait Jacques Picoux, il avait 67 ans, était artiste et professeur de français. Le 16 octobre dernier, il s'est suicidé. En fait, son partenaire depuis 35 ans était décédé quelques mois plus tôt d'un cancer. Et le fait de ne pas avoir pu légalement participer aux décisions médicales aurait largement contribué au suicide du Français. L'histoire a bouleversé le pays.

L'homosexualité est inégalement tolérée en Asie. En Inde, au Pakistan, en Malaisie ou en Indonésie, rien n'est moins sûr. Eh puis, tolérance n'est pas reconnaissance légale, ni même absence de discriminations ou de persécutions. Mais en Thaïlande, aux Philippines, voire en Chine, l'homosexualité est plutôt bien acceptée. Le Népal a même rejoint l'année dernière les quelques pays qui ont dans leur constitution un passage contre la discrimination lié à la préférence sexuelle.

Mais, Taïwan fait bien figure de pionnier. Et permettra peut-être de sortir le mariage gay d'une critique récurrente dans le monde : à savoir le fait qu'il serait une sorte de cheval de bataille de la culture occidentale imposée à des peuples qui n'en voudrait pas. Une petite musique conservatrice que l'on entend de la Russie au Moyen-Orient en passant par l'Afrique la plus autocratique que l'expérience taïwanaise pourrait commencer à défaire.

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