Les coalitions surarmées se forment en Libye : d'un côté les saoudo-égypto-émiratis et leurs alliés russes et français; de l'autre l'Italie et la Turquie. Chacune de ces coalitions dispose alliés locaux et... la guerre peut recommencer.

Que venait faire le président turc dans la capitale tunisienne ? Certes, la Tunisie était la province, la « vilayet », la plus fidèle et une des plus riches du Maghreb ottoman, mais c'était il a un siècle. Certes, Recep Tayyip Erdogan rêve d'en restaurer la grandeur...

Mais c'est un projet à très très long terme. La première réponse à cette question d'actualité se lit sur une carte : la Turquie n'a plus guère d'alliés dans la région. L'Egypte, depuis la chute du président Morsi, est repassé du mauvais côté de la force :

A savoir, une alliance avec les Saoudiens et les Emiratis. Une alliance qui a porté la guerre au Yémen... Pour son plus grand malheur d'ailleurs : les saoudo-égypto-émiratie y ont fait des milliers de morts et, en plus, ont lamentablement perdu cette guerre.

Les mêmes tentent depuis juin 2017 un blocus du Qatar sans plus de succès : la Turquie et l'Iran ont aussitôt volé au secours de ce petit et richissime émirat gazier et... voilà notre coalition saoudo-égypto-émiratie ridiculisée. L'idée est donc de se refaire.

Les alliés arabes, perdants au Yémen, remettent au pot

Exactement ! On reprend les mêmes qu'au Yémen et on recommence ! Sur le papier, ou plutôt sur la carte, c'est faisable : la Lybie a une frontière avec l'Egypte et de cette frontière à Tripoli la capitale, c'est tout plat. Parfait pour les chars égyptiens.

De plus, sur ce flanc-là, les saoudo-égypto-émiratis ont un allié, le général Haftar et son « Armée nationale libyenne ». Il contrôle déjà les puits de pétrole du pays et une large partie ouest du territoire, dont Benghazi. Une promenade de santé en somme !

D'autant que de l'autre côté que trouve t'on ? Un gouvernement « d'accord national », certes reconnu par la communauté internationale, mais fait de bric et de broc, qui contrôle Tripoli et n'a pour armée que des milices citadines, dont celle de Misrata.

Comme parrain internationaux, il n'y a guère que l'Italie qui s'est rangée de leur côté. Rien de bien effrayant. Et c'est là qu'intervient la Turquie. En visitant la Tunisie mercredi, Erdogan en a profité pour annoncer des armes et des hommes en quantité.

Et pour demander à la Tunisie sa neutralité bienveillante. Ça change tout ! Les saudo-égypto-émiratis qui pensaient entrer comme dans du beurre en Libye et n'avoir pour adversaire que des pickups et des vieilles kalashs vont devoir affronter une vraie armée.

La France a-t-elle fait un mauvais calcul ?

Son « Armée nationale libyenne » n'est pas plus nationale, ni même organisée en armée que les milices citadines d'en face. Ça s'est vu en avril dernier où le géréral Haftar a été incapable de prendre la capitale Tripoli. Ses parrains ont donc décidé de le renforcer.

On pense que depuis septembre plusieurs milliers de mercenaires Soudanais sont venus s'ajouter. La Russie a envoyé quelques compagnies de « petits hommes verts » comme en Ukraine et enfin, des armes en quantité ahurissante ont été livrées, dont des drones.

Un ultimatum a même été publié, il y a quelques jours, exigeant de la milice de Misrata qu'elle quitte Tripoli. Mais l'arrivée d'Ankara change tout : l'armée turque, contrairement aux Egyptiens, qui ne se sont pas battus depuis 40 ans, est entraînée et opérationnelle.

Et la France me direz-vous ? Eh bien elle a choisi Haftar, ce vieux général de 76 ans malade et pusillanime, contre l'Italie, contre la Communauté internationale, auprès d'une coalition saudo-égypto-émiratie qui est allée d'échecs et échecs. Drôle de calcul. Comment pourrait-on résumer la catastrophe à venir ? « Winter is coming » ?

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