Il y a, aujourd’hui, deux Europe, séparées par la crise irakienne. Avec à leurs têtes, l’Allemagne et la France d’un côté, l’Espagne et la Grande-Bretagne de l’autre, elles sont à couteau tiré, épiant leurs faiblesses respectives et ne s’épargnant aucun coup. Dans une année où l’Union européenne doit se doter de nouvelles institutions, où elle doit obligatoirement y parvenir car les institutions actuelles ne peuvent pas fonctionner avec dix membres de plus, on ne pouvait pas imaginer pire situation. Beaucoup de diplomates en sont donc à prédire un grand repli, voire une mise en veilleuse de l’Union, mais elle ne peut pas faire de surplace au moment même où elle s’élargit, faisant face à de nouveaux défis. Il faut avancer, mais comment ? Hier, à l’Elysée, Jacques Chirac et le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar, ont ouvert une voie. Finalement, se sont-ils dit, le compromis institutionnel auquel l’Allemagne et la France sont arrivées en janvier, ces propositions communes qu’elles comptaient faire à deux au reste des Etats-membres, pourraient devenir le socle d’une proposition à quatre, de l’Allemagne, de la France mais aussi de la Grande-Bretagne et de l’Espagne. Avant que l’Irak et les Etats-Unis ne déchirent l’Europe, il y avait en effet deux camps dans l’Union. D’un côté l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg aussi, qui prônaient le fédéralisme, c’est-à-dire l’élection d’un exécutif européen par la majorité parlementaire européenne issue du suffrage universel européen. Dans cet esprit, l’idée allemande était de transformer la Commission de Bruxelles en un gouvernement fédéral et de faire de son Président, désormais élu par le Parlement, le Président de l’Europe. Face à l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne conduisaient, elles, le camp des inter-gouvernementalistes, des partisans du maintien de la primauté des Etats-nations qui voulaient, au contraire, faire élire le Président de l’Europe par le Conseil européen, autrement dit par l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement. Entre ces deux camps, l’opposition était complète mais Jacques Chirac et Gerhard Schröder s’étaient finalement mis d’accord, en janvier, pour faire élire le Président de la Commission par le Parlement tout en dotant le Conseil d’un président, élu pour cinq ans par les Etats. Or, si Français et Allemands ont pu sceller ce compromis, pourquoi les Britanniques et les Espagnols ne pourraient-ils pas l’adopter ? Ils le peuvent en fait. Sans doute vont-ils le faire mais reste la grande question, celle de la politique étrangère. On l’avait rêvée commune. L’Irak fait désenchanter. La France est maintenant tenté d’attendre pour cela des jours meilleurs. L'Irak a fait des dégâts mais il ne serait pourtant pas impossible d’avoir, malgré tout, un ministre des Affaires étrangères commun, de décider qu’il exprimera le consensus européen, de s’obliger à chercher ce consensus sur tous les sujets et de s’entendre sur le fait que chacun retrouverait sa liberté d’action quand il n’y aurait pas d’accord général. Une idée a germé. Il reste à la faire mûrir sur fond de crise irakienne.

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