Quand une réponse n’est pas claire, on peut en déduire soit que c’est un « non » déguisé soit que c’est un « oui-non », un « oui » teinté de « non » ou l’inverse, autrement dit une position d’attente qui laisse les portes ouvertes. Interviewant Ismaïl Haniyeh, Premier ministre désigné de l’Autorité palestinienne, le Washington Post lui demande presque d’emblée s’il est prêt à reconnaître Israël comme l’exigent à la fois Mahmoud Abbas, le Président palestinien, et la communauté internationale. « Quel Israël devrions-nous reconnaître ?, rétorque cette figure historique du Hamas qui passe pour incarner son aile modérée, ou en tout cas pragmatique. L’Israël de 1917 ? L’Israël de 1936 ? Celui de 1948 ? De 1956 ? Ou l’Israël de 1967 ? ». Surprenante réponse puisque Israël n’existe, comme Etat, que depuis 1948 mais Ismaïl Haniyeh enchaîne : « Israël doit d’abord reconnaître l’Etat palestinien et ses frontières et nous saurons alors de quoi on parle ». Intéressant. Tout dépend en d’autres termes des frontières. Cela peut signifier, en creux, que rien n’est exclu et le Premier ministre désigné ajoute : « Nous ne cherchons pas la guerre. Nous n’aimons pas le sang. Nous ne sommes pas tentés par le cercle vicieux de la violence. Nous sommes un peuple opprimé qui a des droits. Si la paix nous les apporte, alors c’est bien ». Question du Post : « Est-ce que le Hamas reconnaîtrait Israël s’il se retirait sur les frontières de 67 ? ». Réponse : « Dans ce cas nous établirons une paix par étapes ». « C’est-à-dire ? », demande le Post. Réponse : « Nous créerons une situation de stabilité et de calme qui apportera la sécurité à notre peuple, une trêve de longue durée ». Avec, au bout du compte, reprend le Post, « l’éviction des Juifs ? » Réponse : « Nous n’avons aucun sentiment d’animosité à l’égard des Juifs. Nous ne souhaitons pas les jeter à la mer. Tout ce que nous cherchons, c’est à récupérer notre terre, pas à faire du mal à quiconque ». « Vous reconnaissez donc le droit d’Israël à l’existence ? ». Là, le « non-oui » et son ambiguïté se précisent : « Laissons Israël dire qu’il reconnaîtra un Etat palestinien dans les frontières de 67, relâchera les prisonniers et reconnaîtra le droit au retour des réfugiés répond Ismaïl Haniyeh et, si cela se produit, le Hamas prendra position ». « Mais reconnaîtrez-vous Israël », insiste le Post et là, tournant, tournant majeur, on entend ces mots, en complète rupture avec la Charte du Hamas : « Si Israël déclare qu’il donnera un Etat aux Palestiniens et leur rendra leurs droits, alors nous les reconnaîtrons ». C’est, grosso modo, ce que le Fatah avait commencé à dire dans les années 80, avant que cette évolution ne mène aux Accords d’Oslo. On peut considérer que le Hamas va, après tout, plus vite que le Fatah car il doit bien tenir compte de l’acquis israélo-palestinien. Publiée hier matin, cette interview marquait un progrès certain mais il n’a fallu qu’une demi-journée pour qu’Ismaïl Haniyeh fasse machine arrière, dans une mise au point. Il n’avait pas voulu parler de reconnaissance mais de trêve prolongée. Bien, dommage, à suivre…

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