Ni plus ni moins fiables qu’ailleurs, les sondages lui accordent entre 50 et 66% des intentions de vote. Vladimir Poutine pourrait ainsi remporter la présidentielle russe dès le premier tour, dimanche prochain, mais on aurait tort d’en conclure que rien n’a changé dans le plus étendu des pays du monde.

Tout y change au contraire et d’abord parce que ces sondages, aussi flatteurs qu’ils paraissent, traduisent un net recul de la popularité de l’ancien président et actuel Premier ministre qui avait dû se mettre en congé de Kremlin en 2008 car la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat consécutif. A l’époque, c’était, l’un dans l’autre, les trois quarts des Russes qui lui apportaient un complet soutien car il leur avait rendu une fierté après la décennie Eltsine, celles de l’alignement diplomatiques sur les Etats-Unis et du pillage des ressources nationales sous couvert de privatisation.

Il était alors apparu comme un vengeur de la Russie mais, depuis, d’autres voleurs ont succédé aux voleurs d’hier, la corruption n’a pas reculé, loin de là, et le développement, surtout, du secteur privé a créé des classes moyennes, jeunes et urbaines, qui n’en peuvent plus de l’arriération politique de leur pays.

Ces bobos à la russe représentent aujourd’hui un tiers de la population. Ils s’étaient reconnus dans les appels à l’état de droit qu’avait lancés Dmitri Medvedev, le jeune juriste auquel avaient été confiées les clés du Kremlin il y a quatre ans. Ils ont été profondément déçus lorsqu’il a été brutalement écarté en septembre par Vladimir Poutine et cela s’est vu aux législatives de décembre dont le pouvoir a du fausser les résultats pour ne pas en sortir trop humilié.

Depuis, les manifestations de rue n’ont à peu près jamais cessé, tantôt fortes, tantôt spectaculaires. Ce week-end encore il y en a eu à Moscou et Saint-Pétersbourg aux cris de « Poutine, voleur ! ». Les classes moyennes russes sont entrées en sécession et cela se sent aussi à un changement d’atmosphère puisque les gens n’ont plus peur de critiquer le pouvoir à visage découvert et que c’est même devenu un sport national sur internet.

Il n’est pas impossible, dans ces conditions, qu’un second tour puisse être imposé à Vladimir Poutine. Ce serait le coup de tonnerre qu’il fera tout pour éviter mais, qu’il y parvienne ou pas, la grande question est de savoir comment cet homme qui ne sait qu’ordonner pourra gouverner une Russie qui a tant changé depuis les temps où elle aspirait à un homme fort.

Il lui faudra retrouver un langage commun avec les classes moyennes car il ne peut pas ignorer le mécontentement d’hommes et de femmes qui ont les moyens de se faire entendre, savent le faire et sont trop indispensables au fonctionnement du pays pour être simplement matraqués. Vladimir Poutine devra trouver un nouveau style et un nouveau ton s’il ne veut pas voir l’opposition grandir et s’organiser mais, après quelques discours d’ouverture, tout ce qu’il a su faire pour l’instant est de s’attaquer aux rares media contestataires et de promettre un accroissement des dépenses militaires, susceptibles, à l’entendre, de tirer l’économie. Ca ne suffira pas et ce président aura fort à faire pour que son futur mandat ne tourne pas mal.

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