Le président des États-Unis et le leader nord-coréen se rencontrent mercredi et jeudi à Hanoi, et sont tous deux prêts à s’entendre. Mais sur quelle base ? Une chose est certaine, Trump annoncera un immense succès.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un salue la foule dans sa limousine après son arrivée à Hanoi par train, mardi 26 février 2019, à la veille de sa rencontre avec Donald Trump.
Le leader nord-coréen Kim Jong-un salue la foule dans sa limousine après son arrivée à Hanoi par train, mardi 26 février 2019, à la veille de sa rencontre avec Donald Trump. © AFP / Nhac NGUYEN / AFP

Je vais prendre un risque en prédisant que Donald Trump sera en mesure, à l’issue de son sommet avec Kim Jong-un, de proclamer un succès comme l’histoire n’en a jamais connu. Que ça soit vrai est une autre affaire.

Tout est évidemment une question de définition : comment juger le succès dans le cas de la Corée du nord ? En principe, l’objectif de cette négociation est la dénucléarisation de la Corée du nord. Soyons clairs : cet objectif ne sera pas atteint, quelles que soient les promesses faites par le leader nord-coréen. C’est l’assurance-vie du régime et il n’y renoncera pas.

En revanche, les deux pays pourront s’entendre sur des mesures de dénucléarisation partielle qui n’entameront pas la capacité nucléaire de Pyongyang, mais permettront la levée progressive des sanctions ; ils pourront progresser sur la fin de l’état de guerre entre les États-Unis et la Corée du nord - n’oublions pas que la guerre de Corée a pris fin en 1953 sur un simple armistice, sans véritable traité de paix. Enfin, l’ouverture de l’économie très contrôlée du nord sera sur la table.

Donald Trump veut un succès pour des raisons de politique intérieure, et il l’aura. Kim Jong-un a tout intérêt à faire ce cadeau au Président américain pour des raisons économiques ; d’autant qu’il n’aura vraisemblablement pas à prouver qu’il dénucléarise avant la fin du mandat de Trump.

La Corée du nord est déjà en possession de l’arme nucléaire, c’est la grande différence avec la Libye de Kadhafi qui avait renoncé à son programme, ou avec l’Iran qui l’a interrompu avec l’accord international de 2015. Non seulement la Corée du nord a effectué des tests souterrains, mais elle possède aussi des lanceurs capables d’atteindre la Corée du sud évidemment, le Japon un peu plus loin, et peut-être un jour l’Amérique. 

Donald Trump a eu beau tweeter l’an dernier, après son premier sommet avec Kim Jong-un, que la menace nucléaire nord-coréenne n’existait plus, il a été démenti par la CIA, et par son propre Secrétaire d’État, Mike Pompeo.

Est-ce donc un marché de dupes qui se prépare à Hanoi ? Là encore, c’est une question de définition. Depuis près d’un an, la péninsule coréenne est plus pacifique, sans les tension des années précédentes. C’est assurément l’effet Trump-Kim et vu l’échec des présidents précédents, ce n’est pas rien.

La question est celle de l’ampleur des concessions que Donald Trump est prêt à faire pour que l’image d’un succès soit suffisamment belle. De nombreux experts redoutent qu’il n’aille jusqu’à accepter de retirer ses troupes stationnées en Corée du sud, pour la plus grande satisfaction de … la Chine.

En tous cas, on a rarement vu deux hommes aussi contraires afficher une telle entente. Les cyniques n’y voient qu’une aubaine pour Trump d’obtenir un prix Nobel de la paix auquel il rêve puisqu’Obama l’a eu ; les optimistes espèrent qu’il en sortira quand même quelque chose de positif. Restez prudent, néanmoins, quand Donald Trump annoncera un immense succès.

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