14 ministres européens des Affaires étrangères appellent dans une tribune la Russie et le régime syrien à cesser les combats dans la région d’idlib, mais leurs chances d’être entendus sont nulles. La diplomatie ne pèse pas lourd à ce stade dans cette tragédie.

Cette famille syrienne, dont un enfant blessé, tente de fuir un bombardement aérien favorable au régime de Damas dans la localité de Maarat Misrin, dans la province d’Idlib, le 25 février 2020.
Cette famille syrienne, dont un enfant blessé, tente de fuir un bombardement aérien favorable au régime de Damas dans la localité de Maarat Misrin, dans la province d’Idlib, le 25 février 2020. © AFP / Abdulaziz KETAZ / AFP

Que peut la diplomatie pour arrêter la tragédie humanitaire qui est en cours dans la région d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie ? Si l’agitation diplomatique était une garantie de résultats, on pourrait espérer voir s’achever rapidement le calvaire de près d’un million de Syriens qui fuient l’offensive du régime de Bachar el-Assad, soutenue par l’aviation russe. Mais rien n’est moins sûr, et l’agitation risque fort de rester de la gesticulation.

Parmi les initiatives notables, cet appel lancé hier, dans une tribune publiée par le quotidien « Le Monde », par quatorze ministres des Affaires étrangères européens, qui demandent au régime syrien et à Moscou de cesser immédiatement les hostilités. Le langage est net, les violations du droit international humanitaire sont appelées par leur nom lorsque les écoles ou les hôpitaux sont délibérément bombardés, la menace de poursuites devant la justice internationale est même évoquée.

Ce texte sauve l’honneur alors que la tragédie des civils d’Idlib semblait devoir se dérouler dans le silence des nations désunies. Il y a 14 signatures, pas 27, certains membres de l’Union européenne comme la Hongrie ou la Bulgarie ont semble-t-il eu des difficultés à s’y rallier, mais mieux vaut un texte clair à 14, qu’un compromis à 27. 

Soyons réalistes, un appel de pays européens n’a aujourd’hui aucune chance, à lui seul, d’impressionner Bachar el-Assad et Vladimir Poutine. Mais il a le mérite d’amorcer une mobilisation internationale afin d’obtenir un arrêt des combats.

Car ce n’est pas la seule initiative. La semaine dernière, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont tenté une médiation : le président français et la Chancelière allemande ont appelé ensemble Vladimir Poutine et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, dont les troupes sont présentes à Idlib, face à l’armée syrienne. La France et l’Allemagne ont proposé un sommet à quatre, pour tenter de trouver les voies d’un cessez-le-feu. Mais Poutine a dit « non », pour le moment.

Diplomatie qui risque de se passer d’abord à deux, Poutine et Erdogan, sans les Européens, ou peut-être à trois avec les Iraniens. Mais on sera là dans les petits arrangements entre ennemis.

L’Europe n’a guère les moyens de peser, car une offre de médiation n’a de chances d’aboutir que si elle intervient au moment où les belligérants en ont besoin, ou si son refus peut avoir des conséquences négatives. 

Ce n’est pas le cas : Assad n’a pas encore reconquis le dernier axe routier qui l’intéresse dans le nord-ouest du pays ; et le point faible des Européens est que si leurs appels sont rejetés, ils n’ont pas de plan B.

C’est notamment dû au fait qu’il n’y a plus de front commun avec les États-Unis. L’administration Trump soutient la Turquie là où les Européens parlent de médiation ; un exemple de plus de la grande divergence transatlantique.

L’agitation diplomatique vaut assurément mieux que le silence assourdissant des débuts de l’exode d’Idlib. Mais elle risque de n’être que le triste reflet des rapports de force actuels, dont les premières victimes sont les civils d’Idlib, au cœur de la pire catastrophe humanitaire de ce siècle.

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