Peut-on et doit-on vouloir conjuguer morale et diplomatie ? C’est toute la question que pose cette visite du Président chinois car la France reçoit là, avec tous les honneurs et sur fond de gros contrats industriels, le chef d’un Etat qui demeure dirigé par un parti unique, persécute ses opposants, opprime le Tibet et ne respecte aucun des droits de l’Homme, ni politiques ni sociaux. Même dans la Russie de Vladimir Poutine, il y a plus de libertés que dans cette Chine où la brutalité du capitalisme n’a d’égale que l’arbitraire communiste mais cette réalité devrait-elle nous interdire de développer nos liens avec ce pays et commercer avec lui ? Elle le devrait évidemment si, en refusant de nous commettre avec ce régime, nous pouvions permettre aux Chinois de marcher vers la démocratie à laquelle ils aspirent, comme tous les hommes. Si nous pouvions, par des pressions, peser sur l’évolution interne de la Chine et que nous ne le faisions pas, alors là, oui, nous serions coupables, et stupides, de nous en abstenir mais le fait est, autant le voir, que nous n’avons aucun moyen d’infléchir la politique chinoise. Ce n’est pas seulement une question de démographie. Il y a un milliard trois cents millions de Chinois. Nous sommes soixante millions. Cela compte dans un rapport de forces mais, bien au-delà de cela, la Chine s’affirme dans le monde avec une croissance économique frôlant les 10% l’an. Depuis les années quatre-vingt, les dirigeants chinois, tout l’appareil d’Etat, ont décidé de refaire de leur pays une puissance mondiale, de rompre, dans ce but, avec l’économie dirigée, d’encourager l’entreprise privée et les investissements étrangers, de faire de la Chine l’usine du monde en offrant aux capitaux une main-d’œuvre à bon marché, inépuisable et corvéable à merci. La Chine d’aujourd’hui rappelle, en pire l’Angleterre de Dickens ou la France de Zola, l’Europe de la Révolution industrielle, mais la situation des ouvriers dans les usines de sous-traitance y est, pourtant, bien moins épouvantable que celle des centaines de millions de paysans laissés pour compte et, petit à petit, dans la sauvagerie de l’accumulation primitive, ce pays décolle. On le voit sur la côte Pacifique. On le voit aux touristes chinois qui commencent à découvrir le monde. On le voit dans les villes qui se transforment, aux voitures qui se multiplient, aux bars et aux restaurants qui s’ouvrent, en nombre, parce qu’ils ont, maintenant, une clientèle. Non seulement il y a un boom économique en Chine mais, quinze ans après le massacre de la place Tien An Men, quinze ans après que l’appareil dirigeant eut signifié qu’il n’accepterait ni contestation ni pluralisme, d’infimes espaces de liberté se développent, pourvu qu’il ne s’agisse jamais de politique mais seulement d’art, de débats universitaires ou de possibilités de voyager. C’est une dictature éclairée qui se met en place et les Chinois, faute de mieux, l’acceptent en attendant que l’enrichissement de leur pays leur permette d’aller plus loin. On ne peut pas être plus chinois que les Chinois. Cela n’aurait ni de sens ni d’autre conséquence que d’abandonner ce marché aux autres pays qui s’y ruent mais, éclairée ou pas, la Chine est une dictature.

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