Il y a, désormais, deux évolutions possibles. Dans la première, non pas inévitable mais plausible et inquiétante, l’énormité de la victoire du Hamas et le probable refus de ses dirigeants de renoncer à la violence conduisent les Israéliens à abandonner toute idée de négociation, à accélérer la construction du Mur et à se retirer derrière lui. Très forte avant ces élections, cette tentation l’est plus encore aujourd’hui pour la simple raison qu’il serait vain pour Israël de tenter de négocier un compromis avec un gouvernement formé par un mouvement qui dit vouloir le détruire. Aux yeux des Israéliens, tout justifie maintenant cette option de la « séparation » qui aurait, comme son nom l’indique, l’avantage de séparer les combattants mais l’inconvénient d’être tout, sauf porteuse de paix. De l’autre côté d’une ligne hermétique et tracée par les Israéliens, les Palestiniens vivraient alors sous haute surveillance, sans libre accès au monde extérieur et dans le ressentiment, surtout, puisqu’ils n’auraient récupéré qu’une partie de leurs Territoires et que leurs conditions de vie seraient plus mauvaises que jamais. Non seulement cette Palestine-là serait un lieu de malheur mais elle serait aussi un bouillon de culture, d’autant plus inquiétant à terme que cette victoire du Hamas, de la branche palestinienne des Frères musulmans, pourrait bien précipiter d’autres succès des islamistes dans le monde arabe. Les Frères sont virtuellement majoritaires en Egypte et au Maroc. Ils sont prêts à ramasser le pouvoir en Syrie si le régime en place s’y effondrait. Ils progressent dans le Golfe et, stratégie de « démocratisation » des Américains aidant, on peut imaginer, sous quelques années, un Proche-Orient gouverné par les islamistes et dans lequel une nouvelle guerre israélo-arabe deviendrait possible. C’est l’évolution de tous les dangers mais il n’est pas déjà dit qu’elle soit inéluctable. Elle ne l’est pas car, comme Georges Bush le disait hier dans un accès de lucidité, le raz-de-marée de mercredi ne signifie pas que les électeurs palestiniens refusent la paix. Ils ont voulu l’alternance pour sanctionner les échecs et la corruption du Fatah, du parti sortant, mais ce qu’ils veulent, c’est sortir du chômage, mieux vivre et retrouver l’espoir d’un Etat. Désormais seul en charge et héritier d’une Autorité palestinienne en faillite, le Hamas devra répondre à ces attentes. Il lui sera, autrement dit, difficile de ne pas chercher à éviter que l’Europe et les Etats-Unis ne suspendent leur aide à la Palestine et qu’Israël ne fasse tout pour asphyxier son économie. Devant faire ses preuves et rendre des comptes devant des citoyens qu’on vient de voir exigeants, le Hamas ne pourra pas faire n’importe quoi. Il n’est donc pas impossible que, le temps venu, dans deux mois, au lendemain des élections israéliennes, ce mouvement se convertisse aux réalités, profitant de sa légitimation électorale pour confirmer le tournant que certains de ses dirigeants ont amorcé et finalement accepter des pourparlers directs ou indirects sur la coexistence de deux Etats. Cela n’a rien d’impossible mais rien de certain.

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