L’année de la proclamation de la République islamique, il y aura trente ans le 1er avril, l’ambassade américaine à Téhéran avait été occupée et ses diplomates pris en otage. Depuis, tous les liens sont rompus entre l’Iran et les Etats-Unis. Il y eut, durant ces trois décennies, des contacts secrets entre les deux pays. Leurs représentants se sont récemment croisés dans des rencontres internationales consacrées à l’Irak. Rien de tout cela n’avait débouché sur quoi que ce soit mais, là, un tournant est pris. Susan Rice, la nouvelle représentante américaine auprès de l’Onu, a déclaré, hier, que Washington « souhaitait s’engager dans une diplomatie vigoureuse qui inclut, a-t-elle dit, une diplomatie directe avec l’Iran ». Elle a aussitôt ajouté qu’un refus des Iraniens de se conformer à leurs obligations internationales en matière nucléaire ne ferait « qu’augmenter la pression sur eux » mais, comme il l’avait annoncé, Barack Obama va tourner une autre page de la politique américaine en ouvrant des pourparlers avec Téhéran. C’est un gigantesque pari mais si prometteur en même temps qu’une commission bipartisane de grandes figures de la diplomatie américaine avait vainement recommandé à Georges Bush, il y a deux ans déjà, de franchir ce pas car, au-delà des apparences, l’Amérique et l’Iran ont beaucoup d’intérêts convergents. Pas plus que les Etats-Unis, l’Iran chiite ne veut d’une victoire des islamistes sunnites en Afghanistan, des taliban et de leurs alliés d’al Qaëda. L’Iran aspire tout autant que les Etats-Unis à une stabilisation de l’Irak qui permettrait, aux uns, de s’en retirer sans déshonneur et, à l’autre, d’enraciner l’influence qu’il y a acquise depuis que l’intervention américaine en a donné les commandes à sa majorité chiite. L’intérêt bien compris de l’Iran serait de pouvoir profiter à plein de ses réserves de gaz et de pétrole, de se reconstruire en obtenant la levée des sanctions économiques que lui infligent les Etats-Unis depuis trente ans et le Conseil de sécurité depuis l’affaire nucléaire. L’Amérique aurait, elle, tout à gagner à ce que l’Iran cesse d’armer et financer le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais car les efforts de règlement israélo-palestinien en seraient grandement facilités. Tout commanderait à ces deux pays d’en revenir aux relations privilégiées qu’ils avaient entretenues jusqu’à la chute du Chah mais il y a, sur cette route, les ambitions nucléaires de l’Iran. Là-dessus, l’Amérique ne cédera pas. Barack Obama l’a dit et répété. Aucun compromis ne sera possible sans que l’Iran ne renonce à la bombe et cette question divise le régime iranien. Les réformateurs et certains des conservateurs seraient clairement prêts à des concessions. Le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, et ses amis les plus radicaux ne veulent, eux, pas entendre parler d’un arrêt du programme nucléaire. Une présidentielle aura lieu au début de l’été. L’Iran entre en campagne électorale. La négociation sera difficile.

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