C’est un étonnant reflet des désarrois et interrogations d’Israël. Appelant, hier, devant un parterre universitaire, à une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, le chef du parti travailliste israélien, Ehud Barak, ministre de la Défense du gouvernement de coalition conduit par Benjamin Netanyahu, a estimé que « tout autre situation, et non pas une bombe iranienne ou tout autre menace extérieure, constituerait la menace la plus grave pour l’avenir d’Israël ». On a bien entendu. Aux yeux de ce général qui n’est pas précisément un pacifiste bêlant, le plus sérieux des dangers pesant sur Israël n’est pas que l’Iran se dote de la bombe atomique, que le Hamas ou le Hezbollah dispose d’armes plus sophistiquées ou qu’une nouvelle guerre éclate avec le monde arabe. Non. Le plus grand des dangers, c’est que perdure « tout autre situation » que la coexistence avec un Etat palestinien dont la naissance serait, autrement dit, urgente. Ehud Barak n’est pas le seul à penser en Israël. C’est parce que son parti était arrivé à cette conclusion dès le début des années 90, avant même que ne se développent les ambitions nucléaires de l’Iran, que la gauche israélienne avait signé, avec l’OLP de Yasser Arafat, les Accords d’Oslo, ceux qui auraient, en principe, du mener à cette solution à deux Etats. C’est parce qu’il avait fini par arriver à la même conclusion qu’Ariel Sharon, ancien partisan du Grand Israël, avait évacué Gaza et rompu avec le Likoud, son parti, pour fonder Kadima, nouvelle formation centriste et favorable aux deux Etats. C’est peut-être – c’est moins clair, on verra – pour cette même raison que l’actuel Premier ministre et héros de la droite, Benjamin Netanyahu, a accepté, en juin dernier, avec toutes les conditions imaginables, la création d’un Etat palestinien. L’idée est aujourd’hui majoritaire parmi les Israéliens que, faute d’un Etat nation palestinien, Israël risque d’être confronté bientôt à un changement de stratégie des Palestiniens qui demanderaient à devenir citoyens israéliens, à disposer du droit de vote et pourraient ainsi, pacifiquement, par la démographie et la démocratie, prendre les commandes de ce qui avait été la Palestine du mandat britannique, aujourd’hui divisée. L’idée que l’alternative est simple, l’Etat palestinien ou une victoire palestinienne par le nombre, est devenue dominante en Israël mais pourquoi Ehud Barak, un ministre - de la Défense qui plus est - l’a-t-il en quelque sorte officialisée ? Il y a deux hypothèses possibles. La première est qu’il a voulu faire pression sur Benjamin Netanyahu, l’amener à ne plus tergiverser mais à vraiment bouger pour parer la « plus grave des menaces ». Autrement plus fascinante, la seconde est qu’Ehud Barak saurait que des choses progressent dans l’ombre, qu’il a voulu pouvoir apparaître, a posteriori, comme l’un des artisans du mouvement et que sa déclaration était destinée à préparer l’opinion à la possibilité d’un tournant. On ne sait pas mais, dans l’une ou l’autre hypothèse, cette déclaration est importante.

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