Les Frères musulmans – ils viennent de le répéter – ne présenteront pas de candidat à la présidentielle égyptienne. Alors même qu’ils ont réuni près de 40% des suffrages aux élections de l’Assemblée constituante, qu’ils y détiennent près de la moitié des sièges et s’en sont donc assuré la présidence, alors même que le parti qu’ils ont formé, Liberté et Justice, est aussitôt devenu la première formation du pays, les Frères ne veulent pas briguer le poste de chef de l’Etat.

Le dépôt des candidatures ne s’ouvre que le 15 avril. Ils ont encore le temps de se raviser mais il serait étonnant qu’ils le fassent car ils ont de bonnes raisons de plutôt souhaiter trouver, comme ils le disent, un candidat de consensus avec l’ensemble des autres forces politiques. Comme en Tunisie, la croissance dégringole et le chômage augmente. Comme en Tunisie, les tensions sociales sont de plus en plus fortes et, un an après sa révolution, l’Egypte reste insaisissable et incertaine, prise entre la déception de la jeunesse qui estime, à juste titre, s’être fait voler sa victoire, la spectaculaires percée des salafistes, les plus intégristes des islamistes qui se sont adjugés 29% des voix, et l’armée surtout, héritée de l’ancien régime, puissante et qui ne renoncera pas à son pouvoir aussi facilement qu’elle l’affirme.

Il ne sera pas facile de gouverner l’Egypte. Il n’y a que des coups à y prendre et plutôt que de les prendre seuls et d’y perdre leur popularité, les Frères préfèrent d’autant plus partager les risques avec d’autres que leur centralité politique leur assure de toute manière une influence dont ils n’auraient même pas rêvé il y a un an.

Courtisés par les Etats-Unis qui veulent rester en bons termes avec l’Egypte et désireux de ne pas tout perdre en quelques mois, les Frères jouent la prudence et l’ouverture, cherchent les alliances qui leur permettraient de faire face aux surenchères salafistes – jouent, en un mot, le jeu de la démocratie, des compromis et du respect du pluralisme. Ils font exactement ce que font les islamistes marocains maintenant qu’ils ont formé le gouvernement et ce que font également les islamistes tunisiens d’Ennahda qui s’emploient à rassurer les investisseurs, cherchent des appuis contre la colère sociale et viennent d’hausser le ton contre leurs propres salafistes en les faisant évacuer de la faculté qu’ils occupaient pour y imposer de force le voile intégral.

Partout où ils sont arrivés au pouvoir, les islamistes s’arrondissent à son épreuve. Pour l’heure en tout cas, l’islamisme s’avère bel et bien soluble dans la démocratie et leurs représentants tunisien et marocain s’affairaient hier, à Davos, à expliquer aux grands de ce monde que ni la liberté ni l’argent n’avaient rien à craindre d’eux. Ils y étaient d’autant plus à l’aise que ces conservateurs traditionnalistes sont des libéraux, partisans du marché libre et bien décidés à s’entendre avec les grandes entreprises, comme leurs cousins et inspirateurs turcs ont si bien su le faire à Istanbul.

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