Ce n’était pas rien, et c’était même beaucoup. Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien, venait de proposer, samedi soir, les postes de Premier ministre et de vice-Premier ministre à l’opposition, autrement dit les commandes d’un gouvernement dont il acceptait, de surcroît, d’étendre les pouvoirs au détriment des siens, mais la réponse est aussitôt tombée, claire et nette.

« Non », lui ont répondu les chefs de file de l’opposition devant les manifestants qui continuent, par - 15, d’occuper nuit et jour le centre de Kiev. « Non », ont-ils dit, et ce n’était pas seulement parce qu’aucune autre réponse que celle-là n’aurait été admise par ces insurgés plus déterminés que jamais et chauffés à blanc par le sang qui a maintenant coulé et les enlèvements de leurs camarades jusque sur des lits d’hôpitaux.

Bien plus importante encore, l’autre raison de l’intransigeance de l’opposition et que Viktor Ianoukovitch semble bel et bien perdre pied. Son équipe est divisée entre avocats d’un grand compromis et partisans d’une répression plus brutale encore. Les grandes fortunes se détournent de lui comme si elles ne croyaient plus en sa capacité à reprendre les choses en mains. Il ne peut pas compter sur une intervention directe de la Russie qui ne se risquerait pas dans une telle aventure. L’armée ukrainienne n’est guère prête à lancer ses chars sur les manifestants et à rejouer ainsi, en plein cœur de l’Europe, les scènes de la Place Tien An Men car cela pourrait bien décupler et non pas briser une contestation qui ne cesse maintenant plus de s’étendre.

Il y a Kiev qui tient bon mais dans la majorité des provinces, 14 sur 25, les administrations régionales sont désormais occupées ou encerclées, empêchées de fonctionner. La peur change de camp non seulement en Ukraine occidentale, historiquement tournée ver l’Ouest, mais également, petit à petit, en Ukraine orientale, russophone et historiquement tournée vers la Russie. L’une après l’autre, les commandes échappent à Viktor Ianoukovitch et les concessions qu’il avait tentées samedi pourraient bien accélérer cette évolution car elles ont tout à la fois montré son affaiblissement et la force de l’opposition.

Dans ces condition, où va l’Ukraine ?

Il n’est pas impossible que, dos au mur, son président tente le tout pour le tout en ordonnant à la police de dégager à n’importe quel prix le centre de Kiev mais, outre qu’il n’est pas certain que cela soit encore jouable, le coup d’après serait bien aléatoire car que faire ensuite ? Faire arrêter des milliers d’opposants dont des figures internationalement connues et tenter de précipiter un rapprochement avec la Russie qui n’aurait pas forcément envie, à si peu de jours des jeux de Sotchi, de paraître avoir poussé à tant de violences ?

Cela reste malheureusement possible mais non, ce n’est pas le plus probable alors que Parlement est convoqué pour demain et qu’à Kiev comme dans les capitales étrangères les tractations se multiplient. Des compromis se cherchent en coulisses. Les partisans de l’Europe ont tout sauf perdu mais il n’y aura pas de vraie solution à cette crise sans un accord, même non-dit, entre l’Union européenne et la Fédération de Russie.

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