C’est un homme au destin encore incertain que la France reçoit aujourd’hui. Tout sourit, apparemment, au président de la République islamique d’Iran, le très pragmatique Hassan Rohani, puisqu’il a su sortir son pays d’une mauvaise passe en échangeant l’arrêt de son programme nucléaire contre la levée des sanctions économiques dont les Iraniens souffraient tant, qu’il a ainsi tenu la promesse faite en 2013 à ses électeurs, que sa popularité en est grande et que l’Iran peut maintenant espérer un nouveau départ.

Bien d’autres chefs d’Etat trouveraient cette situation enviable sauf… Sauf qu’il y a deux Iran. Il y a, d’un côté, une République, président et Parlement élus au suffrage universel dans des scrutins pluralistes, parfois grossièrement faussés mais pas toujours et reflétant, dans l’ensemble, les mouvements de l’opinion. Ces institutions républicaines sont une réalité, pas un théâtre, mais elles sont coiffées par plus fort qu'elles, par une cascade d’institutions cléricales, contrôlant la justice, les forces armées et les media et incarnées par un Guide suprême, Ali Khamenei.

Entre Hassan Rohani et le Guide, il y a avait eu un deal en 2013. Le Guide le laissait remporter la présidentielle en réunissant, derrière lui, tous les courants de l’opposition et Hassan Rohani sauvait le régime de la faillite en obtenant la levée des sanctions. Trente mois durant, le Guide a ainsi protégé le président des pans les plus conservateurs du régime mais, maintenant qu’est conclu l’accord que tous deux souhaitaient, leurs agendas divergent.

Alors qu’Hassan Rohani voudrait ouvrir une nouvelle étape du changement, libéralisation progressive à l’intérieur et compromis régionaux avec les pays sunnites, Ali Khamenei craint que son régime ne survive pas à l’appel d’air que provoquera la levée des sanctions. Il veut donc couper les ailes au président et c’est ainsi qu’il à laissé l’un des rouages essentiels du pouvoir clérical, les Gardiens de la Constitution, invalider la quasi-totalité des candidatures de réformateurs aux législatives du 26 février prochain.

La question est maintenant de savoir qui va gagner, la République ou le Guide, et ce n’est pas joué.

Hassan Rohani a publiquement déclaré qu’il s’opposerait à ce coup de force. Sa popularité est son grand atout mais le Guide a les institutions. On ne sait pas mais l’intransigeance d’Ali Khamenei pourrait faire d’Hassan Rohani le héros d’une coalition des opposants les plus modérés et les plus radicaux qui désavouerait le régime en s’abstenant aux législatives.

L’intransigeance serait d’autant plus dangereuse pour le Guide que des réformateurs s’affirment au sein même du clergé, que le petit-fils du fondateur du régime, Hassan Khomeiny, a pris fait et cause pour le changement et que de très nombreux candidats sans attaches politiques connues viennent des milieux d’affaires ou de mouvements d’intérêts locaux, d’une société civile en mouvement, et pourraient bien soutenir le président une fois élus.

Une épreuve de forces s’est ouverte à Téhéran et c’est en ce moment même qu’elle se joue.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.